Archives de catégorie : Un peu de lecture

Le Yi Jing Noir, un enseignement Tchan à visée libératrice par l’expérience personnelle

A découvrir sur L’Encyclopédie du Yi Jing, site précieux aux multiples ressources sur le Yi King mises à notre disposition par Alain Leroy (que je salue et remercie bien au passage) : le Xuë Wu ou Yi Jing Noir, un texte étonnant, relié au Tch’an (version chinoise du bouddhisme, teintée de taoïsme, aux origines du zen japonais), difficile à définir, délicieusement dérangeant, à la fois méthode d’introspection personnelle et support de méditation, limpide comme une eau claire et mystérieux comme un kōan.

Bien que distincte du Yi King classique tel que nous le connaissons à travers les textes, cette pratique d’auto-questionnement est comme une mise en application directe du Yi King en tant qu’outil susceptible d’amener la pensée à effectuer un saut vers un ailleurs ou un autrement, ouvrant la voie à des régions inexplorées de notre esprit, voire à des états de plus grande conscience.

Mise en bouche :

« Cet enseignement Tchan à visée libératrice par l’expérience personnelle (…)  intègre deux voies, l’une usant de la réflexion, l’autre de pratiques ou d’exercices dont certains tirent avec certitude leur origine dans le Taoïsme chinois qui est intégré à cet enseignement non dogmatique.

En tant que méthode reliée au Yijing, elle présente la particularité de se dégager totalement du texte du Yijing actuellement connu et utilisé mondialement sous diverses variantes approchantes.

Ce Yijing noir fait donc partie des usages du Yijing sans texte, ou avec texte autre que le document traditionnel actuel. Il n’envisage pas une consultation de forme oraculaire « ou tirage », ni ne permet de poser une question pour en saisir l’ambiance visible et invisible.

Les versions du Yijing de cette catégorie sont assez nombreuses et moins connues. Elles se trouvent totalement soumises à une transmission directe entre usagers. Elles ont une nature extrêmement expérimentale. En effet on ne peut aller chez son libraire pour acheter un Yijing noir. Quant à en avoir un usage approfondi, il est requis de suivre l’enseignement Tchan pour entrer dans son ambiance spécifique. Dans ce cadre elle respecte « l’idée » de la tradition classique, se relie au nombre 64 sous la forme de 64 propositions. Son nom chinois Xuë Wu. »

Et un exemple de proposition :

« 5 -Tous s’affolaient, sauf vous. L’incapacité d’agir, dictée par le désarroi n’était pour rien dans votre attitude. Peut-être, par la suite, l’avez-vous fait remarquer ? »

Sensible au Tch’an, j’ai découvert le Yi Jing Noir avec enthousiasme. Je trouve le texte extrêmement puissant. Il provoque vraiment en soi quelque chose de spécial, comme un tremblement dans la pensée consciente, qui semble devenir plus sensible – comme si les limites entre les différentes strates de conscience devenaient plus floues, nous rendant plus perméable à la profondeur de notre être, ou tout simplement au présent – encore que je ne sache pas vraiment de quoi je parle en écrivant ces mots, qui constituent pourtant la traduction verbale la plus proche de mon ressenti, au moment où j’écris ces lignes.

Pour lire la totalité du texte et les explications sur la pratique du Yi Jing Noir, c’est par là.

Stage Yi King du 15 mars 2015 à Avignon :
Observation et connaissance de soi avec le Yi King

Le Yi King : un système en mouvement(s)

Un hexagramme est comme un arrêt sur image : il s’agit certes d’une figure puisque composée de traits a priori immobiles, mais cette immobilité n’est qu’apparente car l’hexagramme est un mouvement, l’instantané d’une transformation en cours qu’il (pré)figure et modélise (voir Dix mille transformations : un mouvement pour en lire un peu plus sur ce thème).

En remontant à la source des phénomènes, on observe qu’il en est de même des trigrammes, des 5 éléments, du Yin Yang…, autant de mouvements manifestant des modalités spécifiques de la grande pulsation universelle qui fait battre le cœur du monde ; autant de manifestations du changement potentiel, à travers les multiples formes que la vie pourrait emprunter pour amener la conscience à se connaître.

L’existence : une série d’expériences

L’existence est ainsi un grand voyage sur le plan de la dualité – plan de la manifestation, ou Ciel Postérieur, en langage Yi King. Le Yi King est en quelque sorte une mappemonde, une sorte de fil d’Ariane qui nous indique où l’on en est, et les chemins qui pourraient s’ouvrir. Il peut aussi nous aider à mieux comprendre notre fonctionnement en tant que personnalité incarnée.

L’étude de nos propres modes opératoires (tendances naturelles ou automatiques, forces, faiblesses, besoins, etc.), la compréhension de l’assemblage spécifique de la « machine humaine » qui est notre véhicule ici-bas, peut nous apporter une certaine paix et nous aider à mieux comprendre les problématiques de base qui sous-tendent nos expériences de vie, nous aidant ainsi à nous positionner de manière plus juste et à prendre les décisions les plus à même de nous conduire au bien-être – pour que celui-ci soit l’objet de notre quête.

Comment est-ce que « je » fonctionne ?

Étudier sa propre nature au travers du Yi King, donc du principe Yin Yang, revient à explorer la qualité, c’est-à-dire les modalités d’expression de ce binôme à travers les multiples composantes de notre personnalité (physique, psychique, comportemental, etc.), plutôt qu’à considérer si l’on est « plus » ceci ou plus cela.

Pour arriver à (se) comprendre avec ce formidable outil qu’est le Yi King, il est nécessaire d’entrer un peu finement dans la diffraction du principe Yin Yang au travers des 5 éléments, des méridiens et organes, des trigrammes, des hexagrammes, des transformations… en déjouant, autant que possible, le piège de l’identification à un aspect unique dans lequel on croît se reconnaître totalement – alors que tout, dans ce monde de dualité, est par nature partiel.

Un stage avec des pistes de travail (et de jeu) « à la carte »

Ce stage est une occasion pas si commune d’explorer votre propre « tempérament de base »  selon les grilles de lecture de l’énergétique chinoise et d’aller à la rencontre de votre « vraie nature », en étant porté par l’énergie d’un groupe et au travers d’échanges enrichissants avec des personnes dynamiques, engagées et sympathiques.

Nous commencerons par récapituler quelques principes fondamentaux. Nous proposerons plusieurs points d’entrée dans cette approche particulière du Yi King (en réalité, le champ couvert par cette notion cognitive est très vaste et multiple ; il pourrait en lui-même faire l’objet de plusieurs stages).

On pourra par exemple chercher à établir des liens entre l’histoire individuelle, le corps, la personnalité et les 5 éléments, les trigrammes, les hexagrammes. On pourra aussi décrypter l’histoire qui se raconte à partir de notre hexagramme de naissance et s’ouvrir un chemin à travers les poupées russes ainsi déployées.

Le travail par ateliers, en petits groupes, permettra à chacun de suivre le fil qui l’intéresse plus particulièrement. Un dispositif créatif et ludique original sera proposé pour diriger le questionnement et apprendre en s’amusant.

Les mises en commun seront l’occasion d’approfondir certaines pistes et d’apporter des éléments théoriques complémentaires. Je serai évidemment à votre service, comme à chaque stage, pour répondre à vos questions, s’il me semble avoir une réponse ou une hypothèse valable à soumettre à votre analyse.

Pour en savoir plus

> Voir la présentation générale des stages sur ce lien.

> Télécharger la plaquette de présentation des stages Yi King et Énergétique chinoise appliquée

> Télécharger le bulletin d’inscription

Info pratiques

Horaires : Dimanche 15 mars 2015 de 9h30 à 17h (pause déjeuner d’1 heure 1/2 environ).

Lieu : sur Avignon ou proches environs, sera précisé à l’inscription (covoiturage possible au départ d’Avignon).

Inscription souhaitée dès que possible (voir bulletin d’inscription à télécharger). L’organisation de ce stage demande une préparation spécifique. Je vous saurai donc gré de vous inscrire (ou de confirmer votre présence) le plus tôt possible.

Ce stage est couplé sur le week end avec un stage Qi Tempo, taï chi adapté, qi gong et pratiques énergétiques de saison qui a lieu samedi 14 mars (plus d’info sur http://qi-tempo.com/?p=3363).
Vous pouvez suivre suivre les deux jours ou seulement le samedi ou le dimanche.
Vous pouvez participer à ce stage même si vous n’avez pas suivi les stages précédents.

Pour toute question, contactez-moi.

De « Souffrir pour évoluer » à la Réduction ontologique

Statistiques

En survolant les phrases-clés de recherche dans les statistiques de ce site, je lis : « souffrir pour évoluer ». Quelqu’un(e) est donc arrivé(e) sur ce site après avoir saisi « souffrir pour évoluer » dans son moteur de recherche préféré.

Cela me laisse un brin songeuse.

J’ai envie d’élaborer un peu là-dessus, car il n’est pas impossible – tout en n’étant pas certain – que la personne qui cherche sur internet de la lecture sur « souffrir pour évoluer » soit elle-même en train d’expérimenter un certain niveau de souffrance.

Avertissement

A ce moment de ma propre expérience, les références, les lectures et les enseignements tendent à se fondre dans la globalité des pensées qui m’habitent et que, peu à peu, j’incorpore – ou plutôt, ce sont elles qui s’incorporent en « moi », ou bien disons que les pensées et « moi » tendons à faire corps. Peut-être une forme de synthèse est-elle en train de s’accomplir par elle-même dans mon esprit qui, peu à peu, lâche son besoin d’analyser et de comprendre, en le confrontant à une expérience plus directe et sensible de la réalité – ou de ce que l’on considère comme tel, ce qui est un autre débat fort vaste.

Mon approche du Yi King, en pratique, suit ce même mouvement.

Définitions (simplifiées)

Ontologique :  relatif à un questionnement philosophique qui pose la question de l’être, du non-être et du paraître.

Souffrance (définition de Wikipédia) : « La souffrance, ou la douleur au sens large, est une expérience de désagrément et d’aversion liée à un dommage ou à une menace de dommage chez l’individu. »

Les dictionnaires semblent considérer que « douleur » et « souffrance » sont synonymes. Le sens et la connotation de ces deux termes me semblent pourtant différents.

Je retiens les notions d’expérience et de menace (celle-ci désignant un danger potentiel, donc pas forcément réel et possiblement lié, pour une part, à une représentation subjective).

Association d’idées Zen

« La douleur est inévitable. la souffrance est optionnelle. » (Adage Zen)

Cette sentence peut sembler bien abstraite pour celui qui, momentanément, fait l’expérience de la souffrance. Insistons sur cette formulation et sur le caractère nécessairement transitoire de la souffrance : dire « Je souffre » est moins (ou, pourrais-je dire en parodiant Tchouang Tseu : « vaut moins ») que de dire « Je fais l’expérience de la souffrance ».

Association d’idées Tao

« Vouloir démontrer en partant de l’idée (en elle-même) que les idées  (dans les choses) ne sont point l’idée (en elle-même) vaut moins que de vouloir démontrer en partant de la non-idée que les idées (dans les choses) ne sont pas l’idée (en elle-même). Vouloir démontrer en partant de cheval (en général) qu'(un) cheval (blanc) n’est pas (un) cheval (en général) vaut moins que de vouloir démontrer en partant du non-cheval qu'(un) cheval (blanc) n’est pas (un) cheval (en général). En vérité, l’univers n’est qu’une idée ; tous les êtres ne sont qu’un cheval. »
(Tchouang Tseu, Œuvre complète, éd. Gallimard, chapitre « La Réduction ontologique », p. 38).

La suite du texte est intéressante également :

« C’est en marchant que la voie est tracée ; c’est en nommant que les choses sont délimitées ainsi. Comment dire oui à une chose ? On dit oui à une chose qui est. Comment dire non à une chose ? On dit non à une chose qui n’est pas. Comment juger ce qui est possible ? On considère comme possible une chose qui est possible. Comment juger ce qui n’est pas possible ? On considère comme impossible une chose qui n’est pas possible. Toute chose a sa vérité ; toute chose a sa possibilité. Il n’est rien qui n’ait sa vérité ; il n’est rien qui n’ait sa possibilité. »

Poursuivons un peu plus avant la lecture, toujours à la suite (op. cit., p.39) et voyons ce que ces balancements expriment :

« C’est ainsi qu’une tige mince et un gros pilier, une femme affreuse et la belle Si-che, le grand et l’extraordinaire, la ruse et le monstre se résorbent tous dans l’unité du Tao. Cette unité se divise en formant des êtres ; en formant des êtres, elle se détruit. Ainsi, tout être n’a ni achèvement ni destruction, car il se résorbe finalement dans l’unité originelle. »

Et Tchouang Tseu de conclure :

« Seul l’illuminé sait que la compréhension mène à l’unité, aussi rejette-t-il ses préjugés pour s’attacher à la juste mesure. La juste mesure permet la pratique, la pratique amène un résultat, le résultat représente le succès. Parvenir au succès est proche du Tao. Il faut affirmer les faits. Accomplir sans savoir pourquoi, voilà le Tao.« 

La souffrance n’est qu’une idée

En fait, les émotions négatives (les autres aussi, mais curieusement elles nous dérangent moins… – en d’autres termes, nous sommes moins soucieux de nous en désidentifier, car c’est bien d’identification aux émotions, négatives ou positives, qu’il s’agit) n’ont de réalité que celle que nous sommes prêts à leur accorder. Elles sont leur propre objet et nous détournent de notre responsabilité de sujet, d’être (d’Être) doté de conscience, cette conscience capable de voir et de décider ce qui est et ce qui n’est pas.

Considérer une chose comme possible est condition d’existence de cette chose. L’attention même que l’on porte à une pensée est l’énergie qui la nourrit. C’est pourquoi il est si important de s’entraîner à observer ses pensées.

Que l’on ait le sentiment d’y arriver ou non a, à mon sens, peu d’importance, au moins dans un premier temps. L’important, c’est d’essayer car le fait même de dire : « J’essaie d’observer « ma » souffrance » (par exemple…), c’est commencer à reconnaître l’existence de celle-ci et à accepter l’idée que la chose « souffrance » n’est pas une partie intégrante et essentielle de « moi ». On commence ainsi à reconsidérer la part de réalité et de possibilité de la chose « souffrance », même si, au premier stade de l’observation, cela n’est pas conscient.

« Ma » souffrance. « Mon lumbago. « Mes » problèmes bancaires. Nous sommes bien attachés à tout ce qui nous éloigne de la joie lumineuse présente en chacun de nous et qui n’attend que la flamme de notre attention pour s’embraser et illuminer notre vie. Cet attachement négatif nous agit d’autant plus puissamment que nous n’en avons la plupart du temps pas conscience. Ainsi, reprenant la formulation de Tchouang Tseu, on pourrait dire : « Dire « ma souffrance » vaut moins que de dire « la souffrance que je ressens », qui vaut moins que de dire « l’expérience de souffrance que je vis en ce moment », qui vaut moins que de dire « l’expérience provisoire de souffrance que j’ai créée pour apprendre à me connaître en tant que conscience »…

Souffrance versus évolution

« La perfection est atteinte, non pas lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter, mais lorsqu’il n’y a plus rien à retirer. » (Antoine de Saint-Exupéry)

La réduction ontologique rejoint un processus de dépouillement de ce qui encombre l’âme, l’empêchant de focaliser son attention sur ce qui est essentiel, sur son désir profond.

La souffrance devrait être optionnelle, mais pour beaucoup d’entre nous, l’expérience négative, le drame, le désastre sont les seuls moyens dont l’univers (en tant que terrain d’expérimentation) dispose pour nous ouvrir à une dimension plus profonde de notre propre présence. Dans le grand théâtre de l’existence, le « je » qui souffre est un personnage qui peut me permettre de prendre conscience que « je » ne suis pas cela.

Alors revient LA question fondamentale du « Qui suis-je ? ». Qu’est-ce qui est et qu’est-ce qui n’est pas ? Si « ça » change, c’est que « ça » n’est pas réel. Sans début, il ne peut y avoir de fin. Or la souffrance commence à un endroit dans notre existence, fût-il même très éloigné dans notre chronologie personnelle. Cela a commencé, donc cela peut cesser. Entendons-nous bien : à ce stade de la réflexion, l’important n’est pas tant que cela cesse (même si c’est sans doute souhaitable car plus confortable) ; l’important est de voir que, puisque cela n’a pas existé de toute éternité, cela n’est pas réel.

« Je » ne suis, fondamentalement, rien de ce qui se transforme. « Je » est ce qui ne change pas, ce qui était là avant tout début et qui sera là lorsque la forme aura disparu. Retour à l’origine du Un qui a produit le deux, puis le trois et les dix mille.

Et le Yi King dans tout ça ?

Pour aujourd’hui, on dira que le Yi King nous apprend les règles du jeu de la dualité, selon lequel tout est organisé sur le plan de la manifestation (le visible, l’incarné, ce que l’on nomme « réel » – alors qu’il me semblerait plus juste de parler de « réalité »).

J’ai toujours fait les choses un peu à l’envers. Peut-être est-ce pour cela que j’ose affirmer que, pour pouvoir retourner à l’origine ou du moins se rapprocher de l’intention première de la Vie, qui nous a fait prendre forme selon les modalités spécifiques qui caractérisent notre organisme, notre personnalité, nos expériences de vie, il est nécessaire dans un premier temps d’apprendre à voir que (presque ?) tout ce qui nous meut et nous émeut est issu des « dix mille choses » résultant de la diffraction du mouvement originel.

Diffraction (selon Wikipédia) : La diffraction est le comportement des ondes lorsqu’elles rencontrent un obstacle ou une ouverture.

L’évolution serait donc un chemin de retour qui commencerait par une prise de conscience de toutes ces choses que « je » ne suis pas, à commencer par les grandes brûlures de la vie, dont le caractère insupportable nous motive à fournir l’effort de dépassement mental nécessaire pour commencer à s’extraire de l’emprise de l’illusion de la réalité.

Fondamentalement, souffrir n’est pas grave, tout comme le bonheur n’est ni une nécessité, ni un dû. Simplement, tant qu’à vivre, autant le faire dans les meilleures conditions possibles. Or il se trouve que les conditions de notre existence, subjectives d’abord, objectives ensuite – pour autant qu’elles puissent l’être à la lueur du concept de synchronicité -, tendent à s’améliorer à mesure que l’on gagne en lucidité sur soi.

« Lorsqu’il fut illuminé, il put marcher dans la boue sans en être affecté. Il avait compris que la boue n’était que de la boue. » (Zen)

Je vous souhaite pourtant d’être heureux.

A lire sur ce site dans la même veine : Observer la peur et La peur, les pensées et la pensée

Post Scriptum

Être dans un questionnement ou un cheminement « spirituel » ne dispense pas de suivre une thérapie adaptée. Quand on a mal aux dents, on va chez le dentiste…

Prenez soin de vous.

Observer la peur

« Pouvez-vous observer la peur sans rien en conclure, sans qu’interviennent les connaissances que vous avez accumulées à son sujet ? Si vous ne le pouvez pas, c’est que vous observez le passé, non la peur ; si vous le pouvez, c’est que vous observez la peur pour la première fois, sans qu’intervienne le passé. Cela ne peut se produire que lorsque la pensée est très silencieuse, de même que l’on ne peut écouter un interlocuteur que lorsqu’on ne bavarde pas intérieurement, poursuivant un dialogue avec soi-même au sujet d’inquiétudes et de problèmes personnels.

De la même façon, pouvez-vous regarder votre peur sans vouloir la résoudre au moyen de son opposé, le courage ? La regarder vraiment sans essayer de vous en libérer ? Lorsqu’on dit : « Je dois la dominer, je dois m’en débarrasser, je dois la comprendre », c’est qu’on cherche à la fuir.

Nous pouvons observer d’un esprit assez tranquille un nuage, un arbre ou le courant d’une rivière, qui n’ont, pour nous, que peu d’importance, mais nous observer nous-mêmes est bien plus difficile, car nos exigences sont d’un ordre pratique, et nos réactions sont si immédiates ! Lorsque nous nous trouvons directement en contact avec la peur, ou le désespoir, ou la solitude, ou la jalousie, ou avec tout autre état d’esprit haïssable, pouvons-nous le regarder assez complètement pour que nos esprits se calment et nous permettent de voir ?

Pouvons-nous percevoir la peur elle-même dans sa totalité, et non ses différents aspects, non les sujets de notre peur ? Si nous considérons ceux-ci en détail, en les abordant un à un, nous ne parviendrons jamais au cœur de la question, qui consiste à apprendre à vivre avec la peur.

Pour vivre avec une chose vivante telle que la peur, Il faut avoir l’esprit et le cœur extraordinairement subtils, n’ayant rien conclu à son sujet, et qui peuvent, par conséquent, suivre tous les mouvements de la peur. Si, alors, vous l’observez et vivez avec elle – ce qui ne prendrait pas toute une journée, car en une minute, en une seconde on peut percevoir toute sa nature – si vous vivez avec elle, vous vous demandez inévitablement quelle est l’entité qui vit avec la peur. Qui est celui qui l’observe, qui épie tous les mouvements de ses différentes formes, tout en étant conscient de ce qu’elle est en essence ? L’observateur est-il une entité morte, un être statique, ayant acquis de nombreuses informations et connaissances à son propre sujet ? Est-ce bien cette chose inanimée qui observe la peur et qui vit en son mouvement ? L’observateur n’est-il rien que du passé ou est-il une chose vivante ? Que répondez-vous à cela ? Ce n’est pas à moi que vous devez répondre, mais à vous-mêmes. Êtes-vous, vous l’observateur, une entité morte essayant d’observer une chose vivante, ou un être vivant, qui observe une vie en mouvement ? Remarquez que dans l’observateur ces deux états existent. Il est le censeur qui refuse la peur. L’observateur est la somme de toutes ses expériences de la peur ; il est donc séparé de cette chose qu’il appelle peur, de sorte que se produit un espace entre lui et elle. Soit qu’il cherche à l’affronter pour la subjuguer, soit qu’il la fuie, il en résulte toujours une bataille, qui est une telle perte d’énergie !

En l’observant vous apprendrez que l’observateur n’est qu’un paquet d’idées et de mémoires sans validité ni substance, cependant que la peur étant un fait actuel vous ne pourrez jamais la comprendre au moyen d’une abstraction. Et, en vérité l’observateur qui dit « j’ai peur » est-il autre chose que cette peur qu’il observe ? La peur, c’est lui. Lorsque cela est compris, on ne dissipe plus tant d’énergie pour s’en débarrasser et la distance entre elle et l’observateur disparaît. Lorsque vous voyez que vous êtes une partie intégrante de la peur, que vous êtes elle en vérité, vous ne pouvez plus rien faire à ce sujet, et la peur parvient à sa fin ultime. »

Jiddu KRISHNAMURTI, Se libérer du connu, éd. Le Livre de Poche, 2004 (édition originale : 1969), pp. 46/-48

Dualité, trinité – vers un état d’unité ?

Dans la suite des Trois grandes lois de l’univers, voici encore un petit mémo des « règles de trois ». On retrouve souvent, dans les philosophies de tous bords, des idées qui vont par trois, et aussi l’idée d’un troisième terme qui permettrait de réaliser l’unité au travers de – et par-delà – l’expérience de la dualité.

La loi de 3 de Gurdjieff

Face à une difficulté, on  le choix entre trois attitudes, décrites en faisant référence à l’immersion dans une rivière aux courants contraires :

  1. Se laisser emporter par le courant (c’est-à-dire réagir avec des comportements automatiques, conditionnés par notre histoire de vie : découragement, colère, culpabilité, « tout va bien », etc.).
  2. Lutter contre le courant (se battre contre l’expérience, la refuser, résister…).
  3. Négocier et jouer avec les courants (solution préconisée par l’auteur, basée sur un travail d’observation de soi qui permet de voir la tendance automatique et ne pas y plonger aveuglément, accepter le fait d’être parfois le jouet de ses tendances égotiques, etc.).

Les 3 principes d’Anthony de Mello pour développer la conscience de soi

Dans son livre Quand la Conscience s’éveille, l’auteur préconise une méthode en trois points à appliquer pour développer la capacité d’appréhender les expériences avec la juste distance. Ce conseil est donné pour les situations désagréables comme pour les plus satisfaisantes. D’après l’auteur, selon la loi de la dualité, toute chose porte en elle son exact opposé ; ainsi, après avoir connu la liesse de s’être immergé dans une émotion agréable jusqu’à l’ivresse, il est probable que l’on ait à vivre aussi le pendant de cette émotion, qui risque d’être d’autant plus désagréable que la première expérience aura été délicieuse – c’est en quelque sorte la « gueule de bois » des émotions. Il n’y a là aucune considération morale, simplement un constat lié à l’observation des lois qui régissent le monde.

Le raisonnement préconisé par Anthony de Mello, à répéter « mille fois s’il le faut », consiste à :

  1. Identifier les sentiments négatifs.
  2. Comprendre que ces sentiments sont en soi et non dans le monde, dans la réalité extérieure.
  3. Ne pas voir ces sentiments négatifs comme une part essentielle de « je », car ces sentiments naissent et disparaissent (tout ce qui change n’est pas « Je » ou le Soi ou l’Esprit, qu’importe le nom qu’on lui donne ; « je » ne suis ni mon corps, ni mon mental, ni mes émotions, etc.).
  4. (en bonus) Comprendre que, lorsque l’on changera soi-même, tout changera autour de soi.

Dans l’enseignement de Saï Maa

Que faire des émotions négatives ?

  1. Reconnaître l’émotion (c’est-à-dire voir et nommer ce que l’on ressent : colère, tristesse, ressentiment, culpabilité, doute, jalousie, tristesse, etc.).
  2. L’accepter (prendre acte de ce qui est là, ne pas le rejeter, ne pas résister).
  3. L’accueillir (l’accepter assez intimement pour qu’il puisse se dissoudre).

Il est écrit dans l’hexagramme 45 du Yi King, « Le Rassemblement » (dans la traduction de Thomas Cleary), que « la seule valeur de la connaissance réside dans son application ». Mettre en application ces principes est un travail de longue haleine, qui nécessite une vigilance de chaque instant. Il s’agit aussi de ne pas se crisper sur le « vouloir changer », ce qui n’est pas non plus facile. Pour qui est en travail,  il n’y a nulle part où reposer sa tête.

Les trois grandes lois de l’univers

Le Yi King décrit la manière dont les situations sont susceptibles d’évoluer, à travers les flux énergétiques qui sous-tendent le monde. L’univers est modelé par l’énergie – en fait, tout est énergie. La pensée est énergie. L’homme est créateur : par nos actes, nos paroles et nos pensées, nous transformons l’énergie et nous créons des champs de potentialités. Le fait est que la plupart du temps, nous n’en sommes pas conscients – et le résultat, c’est-à-dire notre environnement et les événements de notre existence, peut nous sembler fort peu satisfaisant.

Comment se fait-il que nous fassions si mauvais usage de notre force de création et de changement ? Peut-être parce que nous ne sommes pas conscients des lois selon lesquelles l’univers fonctionne. Rappelons ce grand classique :

  • La loi de résonance : une chose attire ce qui lui ressemble. Ex. : La tristesse attire la tristesse, le plaisir attire le plaisir.
  • La loi d’attention : on attire ce sur quoi se porte notre attention. L’attention même que l’on porte à un problème est l’énergie qui le nourrit. La sagesse serait de concentrer notre attention sur la solution, ou sur la partie positive de la situation, ou simplement sur la situation vitale présente (il est dit dans le Yi King que « tout ce qui va au-delà de la situation vitale présente ne fait que blesser le cœur »).
  • La loi d’attraction : on attire ce que l’on désire – et ce dont on a peur. Reconnaître sa peur, comme ses désirs, est un bon début, car, comme l’a dit Jung, « les choses du monde intérieur nous influencent d’autant plus puissamment qu’elles sont inconscientes ».

Sur la liberté d’expérimenter

« Je crois à un certain degré de liberté, liberté de trouver les choses par soi-même à sa propre manière, liberté même de commettre des bévues. La Nature nous conduit à travers diverses erreurs et excentricités. Quand la Nature a créé l’être humain avec toutes ses possibilités de bien et de mal, elle savait très bien ce qu’elle faisait.La liberté d’expérimenter est une grande chose dans la vie humaine. Sans la liberté de prendre des risques et de commettre des erreurs, il ne peut pas y avoir de progrès. »

Sri Aurobindo cité par Georges Van Vrekhem dans Au-delà de l’espèce humaine – La vie et l’œuvre de Sri Aurobindo et de la Mère, éd. Latin Pen – Auroville, 2004 (1999 pour la première édition), Chapitre 14 : La Mère et le « laboratoire », p. 179

Intuition quantique

« Plutôt que d’essayer de « comprendre » l’étrangeté quantique, les physiciens maintenant travaillent à la définir et à la mesurer. Ils étudient, théoriquement et expérimentalement, l’intrication, la non-localité et la décohérence dans des systèmes d’une complexité croissante. Ce faisant, ils acquièrent une sorte de familiarité avec ces concepts. Ils développent une nouvelle forme d’intuition, qui leur permet de deviner le résultat d’une expérience avant de la réaliser ou même de la simuler par le calcul. Savoir si une telle intuition quantique est différente de la « compréhension » est une question que nous laissons aux philosophes.» (Serge Laroche et Jean-Michel Raimond, Exploring the Quantum, cités par Sven Ortoli et Jean-Pierre Pharabod dans Métaphysique quantique – Les nouveaux mystères de l’espace et du temps, éd. La Découverte, 2011, p. 43-44).

De même, la pratique du Yi King permet de développer une forme particulière d’intuition, liée à la pénétration partiellement consciente des principes de transformation de tout ce qui est vivant. Ressentir le mouvement d’une transformation, c’est s’ouvrir au changement dans un sens très vaste. On peut préférer essayer de comprendre comment ça marche ; on risque ainsi, à trop vouloir saisir l’insaisissable, de se priver d’un beau cadeau que le Yi King offre : un chemin vers soi.

Intention 2013

«J’ai goûté au chemin mystique : le coeur, les sentiments, l’amour. J’ai goûté au chemin spirituel : l’étude, le savoir. J’ai aussi suivi le chemin des réalisations par le travail et la volonté. Et pourtant, je ne veux pas choisir de suivre l’un ou l’autre seulement, mais les trois.» (Omraam Mikhaël Aïvanhov)

Belle et heureuse année dans la lumière, l’amour et la joie.

Yi King : apéritif culturel à Pleine Nature nord vendredi 5 octobre à 18h30

Yi King : apéritif culturel à Pleine Nature nord (Le Pontet), autour du thème :

Le Yi King est-il un outil de divination ? (Qu’est-ce que la divination ?)

Présentation générale du Yi King.
Présentation du programme des ateliers Yi King 2012-2013.

De 18h30 à 19h30.

Des informations complémentaires seront publiées dans les Actualités.
Tél. au 06 04 15 39 67 pour toute question.

 

« Tout se transforme », atelier Yi King à Avignon

« Tout se transforme », atelier Yi King à Avignon,
le samedi matin de 9 h 30 à 12 h.

Présentation détaillée et planning complet sur http://tout-se-transforme.com/?p=2122

Lieu : salle de judo de la Maison pour tous Monclar à Avignon, ou autre lieu qui sera précisé à l’inscription (parfois plein air)

Participation : 25 € + adhésion association Art Antérieur 10 €.
Cet atelier peut être couplé avec un atelier de créativité « Art et Mouvement » qui a lieu l’après-midi de 14 h 30 à 17 h 30. Tarif spécial pour la journée : 45 €. Infos sur http://www.art-amouvement.com

Synchronicité et coïncidence : vers un état d’unité ?

Le Yi King ouvre des champs de coïncidences, c’est-à-dire qu’il favorise ou permet de prendre conscience des synchronicités qui guident discrètement celui qui se remet en question assez profondément pour abandonner ses repères et continuer pourtant à avancer (est-ce dans le chan que l’on dit qu’il faut d’abord sauter dans le vide et qu’alors les ailes se mettent à pousser ?).

Une définition de la synchronicité est donnée par Massimo Teodorani dans Synchronicité (voir Bibliographie pour références exactes) :

« La synchronicité survient comme une coïncidence d’événements dans l’espace et le temps, comme quelque chose qui va bien au-delà du pur hasard ; il s’agit d’une interdépendance particulière entre des événements objectifs, ou entre des événements objectifs synchrones et l’état subjectif de l’observateur. » [Carl Gustav Jung]

« L’esprit (le psychisme) et la matière ne sont donc pas disjoints, mais interagissent totalement, de façon synchrone. Et il n’y a pas un seul esprit et un seul morceau de matière, existant individuellement, mais un nombre infini de morceaux de matière / esprit, unis et synchronisés en un tout unique.

Ce que nous croyons alors être notre psychisme ne l’est pas, mais est notre capacité à nous relier à une grande source universelle qui nous unit tous (…) La clef du bonheur, de la sérénité et de la vie même, est de prendre conscience de notre appartenance à un univers infini. »

N.B. : La synchronicité favorable à notre évolution peut aussi, à l’occasion, prendre la forme d’un coup de pied au c.. On n’a pas dit que les situations « utiles » étaient toujours agréables sur le moment. C’est dire s’il faut désirer profondément changer, et être prêt à lâcher même – et surtout peut-être – ce que l’on considère comme « bien ».

L’enfer est pavé de bonnes intentions (ou comment faire le malheur de celui qu’on prétend aider)

« Le souverain de la mer du Sud s’appelait Rapidement ; le souverain de la mer du Nord s’appelait Soudainement ; le souverain du Centre s’appelait Indistinction. Un jour, Rapidement et Soudainement s’étaient rencontrés au pays d’Indistinction qui les avait traités avec beaucoup de bienveillance. Rapidement et Soudainement voulurent récompenser son bon accueil et se dirent : « L’homme a sept orifices pour voir, écouter, manger, respirer. Indistinction n’en a aucun. Nous allons lui en percer. » S’étant mis à l’œuvre, ils lui firent un orifice par jour. Au septième jour Indistinction mourut. »

Tchouang Tseu, Oeuvres complètes, chapitre VII : « L’idéal du Souverain et du Roi »

Connais-toi toi-même

« Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les Dieux », dit la philosophie occidentale au travers de Socrate.

« Le chant de l’origine des quatre natures », cité par Jean Gortais dans  Taiji Quan (éd. Le Courrier du Livre, 2009), dit :

« Les autres ne connaissent pas ma nature.
De même que je ne connais pas la nature des autres,
La nature des choses comme celle des hommes,
Ainsi que la nature universelle.
Cette nature universelle est telle que ma nature partielle.
Si je connais ma nature propre,
Je connaîtrai la nature universelle. »

De fait, il me semble qu’une pensée véritablement altruiste commence par le développement assumé d’une part d’égoïsme salutaire, pour éviter de boiter des deux pieds en vivant dans l’illusion qu’on marche droit.  Charité bien ordonnée commence par soi-même, dit la sagesse populaire.