Archives de catégorie : Yi King et savoir-être

Le Yi Jing Noir, un enseignement Tchan à visée libératrice par l’expérience personnelle

A découvrir sur L’Encyclopédie du Yi Jing, site précieux aux multiples ressources sur le Yi King mises à notre disposition par Alain Leroy (que je salue et remercie bien au passage) : le Xuë Wu ou Yi Jing Noir, un texte étonnant, relié au Tch’an (version chinoise du bouddhisme, teintée de taoïsme, aux origines du zen japonais), difficile à définir, délicieusement dérangeant, à la fois méthode d’introspection personnelle et support de méditation, limpide comme une eau claire et mystérieux comme un kōan.

Bien que distincte du Yi King classique tel que nous le connaissons à travers les textes, cette pratique d’auto-questionnement est comme une mise en application directe du Yi King en tant qu’outil susceptible d’amener la pensée à effectuer un saut vers un ailleurs ou un autrement, ouvrant la voie à des régions inexplorées de notre esprit, voire à des états de plus grande conscience.

Mise en bouche :

« Cet enseignement Tchan à visée libératrice par l’expérience personnelle (…)  intègre deux voies, l’une usant de la réflexion, l’autre de pratiques ou d’exercices dont certains tirent avec certitude leur origine dans le Taoïsme chinois qui est intégré à cet enseignement non dogmatique.

En tant que méthode reliée au Yijing, elle présente la particularité de se dégager totalement du texte du Yijing actuellement connu et utilisé mondialement sous diverses variantes approchantes.

Ce Yijing noir fait donc partie des usages du Yijing sans texte, ou avec texte autre que le document traditionnel actuel. Il n’envisage pas une consultation de forme oraculaire « ou tirage », ni ne permet de poser une question pour en saisir l’ambiance visible et invisible.

Les versions du Yijing de cette catégorie sont assez nombreuses et moins connues. Elles se trouvent totalement soumises à une transmission directe entre usagers. Elles ont une nature extrêmement expérimentale. En effet on ne peut aller chez son libraire pour acheter un Yijing noir. Quant à en avoir un usage approfondi, il est requis de suivre l’enseignement Tchan pour entrer dans son ambiance spécifique. Dans ce cadre elle respecte « l’idée » de la tradition classique, se relie au nombre 64 sous la forme de 64 propositions. Son nom chinois Xuë Wu. »

Et un exemple de proposition :

« 5 -Tous s’affolaient, sauf vous. L’incapacité d’agir, dictée par le désarroi n’était pour rien dans votre attitude. Peut-être, par la suite, l’avez-vous fait remarquer ? »

Sensible au Tch’an, j’ai découvert le Yi Jing Noir avec enthousiasme. Je trouve le texte extrêmement puissant. Il provoque vraiment en soi quelque chose de spécial, comme un tremblement dans la pensée consciente, qui semble devenir plus sensible – comme si les limites entre les différentes strates de conscience devenaient plus floues, nous rendant plus perméable à la profondeur de notre être, ou tout simplement au présent – encore que je ne sache pas vraiment de quoi je parle en écrivant ces mots, qui constituent pourtant la traduction verbale la plus proche de mon ressenti, au moment où j’écris ces lignes.

Pour lire la totalité du texte et les explications sur la pratique du Yi Jing Noir, c’est par là.

De « Souffrir pour évoluer » à la Réduction ontologique

Statistiques

En survolant les phrases-clés de recherche dans les statistiques de ce site, je lis : « souffrir pour évoluer ». Quelqu’un(e) est donc arrivé(e) sur ce site après avoir saisi « souffrir pour évoluer » dans son moteur de recherche préféré.

Cela me laisse un brin songeuse.

J’ai envie d’élaborer un peu là-dessus, car il n’est pas impossible – tout en n’étant pas certain – que la personne qui cherche sur internet de la lecture sur « souffrir pour évoluer » soit elle-même en train d’expérimenter un certain niveau de souffrance.

Avertissement

A ce moment de ma propre expérience, les références, les lectures et les enseignements tendent à se fondre dans la globalité des pensées qui m’habitent et que, peu à peu, j’incorpore – ou plutôt, ce sont elles qui s’incorporent en « moi », ou bien disons que les pensées et « moi » tendons à faire corps. Peut-être une forme de synthèse est-elle en train de s’accomplir par elle-même dans mon esprit qui, peu à peu, lâche son besoin d’analyser et de comprendre, en le confrontant à une expérience plus directe et sensible de la réalité – ou de ce que l’on considère comme tel, ce qui est un autre débat fort vaste.

Mon approche du Yi King, en pratique, suit ce même mouvement.

Définitions (simplifiées)

Ontologique :  relatif à un questionnement philosophique qui pose la question de l’être, du non-être et du paraître.

Souffrance (définition de Wikipédia) : « La souffrance, ou la douleur au sens large, est une expérience de désagrément et d’aversion liée à un dommage ou à une menace de dommage chez l’individu. »

Les dictionnaires semblent considérer que « douleur » et « souffrance » sont synonymes. Le sens et la connotation de ces deux termes me semblent pourtant différents.

Je retiens les notions d’expérience et de menace (celle-ci désignant un danger potentiel, donc pas forcément réel et possiblement lié, pour une part, à une représentation subjective).

Association d’idées Zen

« La douleur est inévitable. la souffrance est optionnelle. » (Adage Zen)

Cette sentence peut sembler bien abstraite pour celui qui, momentanément, fait l’expérience de la souffrance. Insistons sur cette formulation et sur le caractère nécessairement transitoire de la souffrance : dire « Je souffre » est moins (ou, pourrais-je dire en parodiant Tchouang Tseu : « vaut moins ») que de dire « Je fais l’expérience de la souffrance ».

Association d’idées Tao

« Vouloir démontrer en partant de l’idée (en elle-même) que les idées  (dans les choses) ne sont point l’idée (en elle-même) vaut moins que de vouloir démontrer en partant de la non-idée que les idées (dans les choses) ne sont pas l’idée (en elle-même). Vouloir démontrer en partant de cheval (en général) qu'(un) cheval (blanc) n’est pas (un) cheval (en général) vaut moins que de vouloir démontrer en partant du non-cheval qu'(un) cheval (blanc) n’est pas (un) cheval (en général). En vérité, l’univers n’est qu’une idée ; tous les êtres ne sont qu’un cheval. »
(Tchouang Tseu, Œuvre complète, éd. Gallimard, chapitre « La Réduction ontologique », p. 38).

La suite du texte est intéressante également :

« C’est en marchant que la voie est tracée ; c’est en nommant que les choses sont délimitées ainsi. Comment dire oui à une chose ? On dit oui à une chose qui est. Comment dire non à une chose ? On dit non à une chose qui n’est pas. Comment juger ce qui est possible ? On considère comme possible une chose qui est possible. Comment juger ce qui n’est pas possible ? On considère comme impossible une chose qui n’est pas possible. Toute chose a sa vérité ; toute chose a sa possibilité. Il n’est rien qui n’ait sa vérité ; il n’est rien qui n’ait sa possibilité. »

Poursuivons un peu plus avant la lecture, toujours à la suite (op. cit., p.39) et voyons ce que ces balancements expriment :

« C’est ainsi qu’une tige mince et un gros pilier, une femme affreuse et la belle Si-che, le grand et l’extraordinaire, la ruse et le monstre se résorbent tous dans l’unité du Tao. Cette unité se divise en formant des êtres ; en formant des êtres, elle se détruit. Ainsi, tout être n’a ni achèvement ni destruction, car il se résorbe finalement dans l’unité originelle. »

Et Tchouang Tseu de conclure :

« Seul l’illuminé sait que la compréhension mène à l’unité, aussi rejette-t-il ses préjugés pour s’attacher à la juste mesure. La juste mesure permet la pratique, la pratique amène un résultat, le résultat représente le succès. Parvenir au succès est proche du Tao. Il faut affirmer les faits. Accomplir sans savoir pourquoi, voilà le Tao.« 

La souffrance n’est qu’une idée

En fait, les émotions négatives (les autres aussi, mais curieusement elles nous dérangent moins… – en d’autres termes, nous sommes moins soucieux de nous en désidentifier, car c’est bien d’identification aux émotions, négatives ou positives, qu’il s’agit) n’ont de réalité que celle que nous sommes prêts à leur accorder. Elles sont leur propre objet et nous détournent de notre responsabilité de sujet, d’être (d’Être) doté de conscience, cette conscience capable de voir et de décider ce qui est et ce qui n’est pas.

Considérer une chose comme possible est condition d’existence de cette chose. L’attention même que l’on porte à une pensée est l’énergie qui la nourrit. C’est pourquoi il est si important de s’entraîner à observer ses pensées.

Que l’on ait le sentiment d’y arriver ou non a, à mon sens, peu d’importance, au moins dans un premier temps. L’important, c’est d’essayer car le fait même de dire : « J’essaie d’observer « ma » souffrance » (par exemple…), c’est commencer à reconnaître l’existence de celle-ci et à accepter l’idée que la chose « souffrance » n’est pas une partie intégrante et essentielle de « moi ». On commence ainsi à reconsidérer la part de réalité et de possibilité de la chose « souffrance », même si, au premier stade de l’observation, cela n’est pas conscient.

« Ma » souffrance. « Mon lumbago. « Mes » problèmes bancaires. Nous sommes bien attachés à tout ce qui nous éloigne de la joie lumineuse présente en chacun de nous et qui n’attend que la flamme de notre attention pour s’embraser et illuminer notre vie. Cet attachement négatif nous agit d’autant plus puissamment que nous n’en avons la plupart du temps pas conscience. Ainsi, reprenant la formulation de Tchouang Tseu, on pourrait dire : « Dire « ma souffrance » vaut moins que de dire « la souffrance que je ressens », qui vaut moins que de dire « l’expérience de souffrance que je vis en ce moment », qui vaut moins que de dire « l’expérience provisoire de souffrance que j’ai créée pour apprendre à me connaître en tant que conscience »…

Souffrance versus évolution

« La perfection est atteinte, non pas lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter, mais lorsqu’il n’y a plus rien à retirer. » (Antoine de Saint-Exupéry)

La réduction ontologique rejoint un processus de dépouillement de ce qui encombre l’âme, l’empêchant de focaliser son attention sur ce qui est essentiel, sur son désir profond.

La souffrance devrait être optionnelle, mais pour beaucoup d’entre nous, l’expérience négative, le drame, le désastre sont les seuls moyens dont l’univers (en tant que terrain d’expérimentation) dispose pour nous ouvrir à une dimension plus profonde de notre propre présence. Dans le grand théâtre de l’existence, le « je » qui souffre est un personnage qui peut me permettre de prendre conscience que « je » ne suis pas cela.

Alors revient LA question fondamentale du « Qui suis-je ? ». Qu’est-ce qui est et qu’est-ce qui n’est pas ? Si « ça » change, c’est que « ça » n’est pas réel. Sans début, il ne peut y avoir de fin. Or la souffrance commence à un endroit dans notre existence, fût-il même très éloigné dans notre chronologie personnelle. Cela a commencé, donc cela peut cesser. Entendons-nous bien : à ce stade de la réflexion, l’important n’est pas tant que cela cesse (même si c’est sans doute souhaitable car plus confortable) ; l’important est de voir que, puisque cela n’a pas existé de toute éternité, cela n’est pas réel.

« Je » ne suis, fondamentalement, rien de ce qui se transforme. « Je » est ce qui ne change pas, ce qui était là avant tout début et qui sera là lorsque la forme aura disparu. Retour à l’origine du Un qui a produit le deux, puis le trois et les dix mille.

Et le Yi King dans tout ça ?

Pour aujourd’hui, on dira que le Yi King nous apprend les règles du jeu de la dualité, selon lequel tout est organisé sur le plan de la manifestation (le visible, l’incarné, ce que l’on nomme « réel » – alors qu’il me semblerait plus juste de parler de « réalité »).

J’ai toujours fait les choses un peu à l’envers. Peut-être est-ce pour cela que j’ose affirmer que, pour pouvoir retourner à l’origine ou du moins se rapprocher de l’intention première de la Vie, qui nous a fait prendre forme selon les modalités spécifiques qui caractérisent notre organisme, notre personnalité, nos expériences de vie, il est nécessaire dans un premier temps d’apprendre à voir que (presque ?) tout ce qui nous meut et nous émeut est issu des « dix mille choses » résultant de la diffraction du mouvement originel.

Diffraction (selon Wikipédia) : La diffraction est le comportement des ondes lorsqu’elles rencontrent un obstacle ou une ouverture.

L’évolution serait donc un chemin de retour qui commencerait par une prise de conscience de toutes ces choses que « je » ne suis pas, à commencer par les grandes brûlures de la vie, dont le caractère insupportable nous motive à fournir l’effort de dépassement mental nécessaire pour commencer à s’extraire de l’emprise de l’illusion de la réalité.

Fondamentalement, souffrir n’est pas grave, tout comme le bonheur n’est ni une nécessité, ni un dû. Simplement, tant qu’à vivre, autant le faire dans les meilleures conditions possibles. Or il se trouve que les conditions de notre existence, subjectives d’abord, objectives ensuite – pour autant qu’elles puissent l’être à la lueur du concept de synchronicité -, tendent à s’améliorer à mesure que l’on gagne en lucidité sur soi.

« Lorsqu’il fut illuminé, il put marcher dans la boue sans en être affecté. Il avait compris que la boue n’était que de la boue. » (Zen)

Je vous souhaite pourtant d’être heureux.

A lire sur ce site dans la même veine : Observer la peur et La peur, les pensées et la pensée

Post Scriptum

Être dans un questionnement ou un cheminement « spirituel » ne dispense pas de suivre une thérapie adaptée. Quand on a mal aux dents, on va chez le dentiste…

Prenez soin de vous.

Dualité, trinité – vers un état d’unité ?

Dans la suite des Trois grandes lois de l’univers, voici encore un petit mémo des « règles de trois ». On retrouve souvent, dans les philosophies de tous bords, des idées qui vont par trois, et aussi l’idée d’un troisième terme qui permettrait de réaliser l’unité au travers de – et par-delà – l’expérience de la dualité.

La loi de 3 de Gurdjieff

Face à une difficulté, on  le choix entre trois attitudes, décrites en faisant référence à l’immersion dans une rivière aux courants contraires :

  1. Se laisser emporter par le courant (c’est-à-dire réagir avec des comportements automatiques, conditionnés par notre histoire de vie : découragement, colère, culpabilité, « tout va bien », etc.).
  2. Lutter contre le courant (se battre contre l’expérience, la refuser, résister…).
  3. Négocier et jouer avec les courants (solution préconisée par l’auteur, basée sur un travail d’observation de soi qui permet de voir la tendance automatique et ne pas y plonger aveuglément, accepter le fait d’être parfois le jouet de ses tendances égotiques, etc.).

Les 3 principes d’Anthony de Mello pour développer la conscience de soi

Dans son livre Quand la Conscience s’éveille, l’auteur préconise une méthode en trois points à appliquer pour développer la capacité d’appréhender les expériences avec la juste distance. Ce conseil est donné pour les situations désagréables comme pour les plus satisfaisantes. D’après l’auteur, selon la loi de la dualité, toute chose porte en elle son exact opposé ; ainsi, après avoir connu la liesse de s’être immergé dans une émotion agréable jusqu’à l’ivresse, il est probable que l’on ait à vivre aussi le pendant de cette émotion, qui risque d’être d’autant plus désagréable que la première expérience aura été délicieuse – c’est en quelque sorte la « gueule de bois » des émotions. Il n’y a là aucune considération morale, simplement un constat lié à l’observation des lois qui régissent le monde.

Le raisonnement préconisé par Anthony de Mello, à répéter « mille fois s’il le faut », consiste à :

  1. Identifier les sentiments négatifs.
  2. Comprendre que ces sentiments sont en soi et non dans le monde, dans la réalité extérieure.
  3. Ne pas voir ces sentiments négatifs comme une part essentielle de « je », car ces sentiments naissent et disparaissent (tout ce qui change n’est pas « Je » ou le Soi ou l’Esprit, qu’importe le nom qu’on lui donne ; « je » ne suis ni mon corps, ni mon mental, ni mes émotions, etc.).
  4. (en bonus) Comprendre que, lorsque l’on changera soi-même, tout changera autour de soi.

Dans l’enseignement de Saï Maa

Que faire des émotions négatives ?

  1. Reconnaître l’émotion (c’est-à-dire voir et nommer ce que l’on ressent : colère, tristesse, ressentiment, culpabilité, doute, jalousie, tristesse, etc.).
  2. L’accepter (prendre acte de ce qui est là, ne pas le rejeter, ne pas résister).
  3. L’accueillir (l’accepter assez intimement pour qu’il puisse se dissoudre).

Il est écrit dans l’hexagramme 45 du Yi King, « Le Rassemblement » (dans la traduction de Thomas Cleary), que « la seule valeur de la connaissance réside dans son application ». Mettre en application ces principes est un travail de longue haleine, qui nécessite une vigilance de chaque instant. Il s’agit aussi de ne pas se crisper sur le « vouloir changer », ce qui n’est pas non plus facile. Pour qui est en travail,  il n’y a nulle part où reposer sa tête.

Les trois grandes lois de l’univers

Le Yi King décrit la manière dont les situations sont susceptibles d’évoluer, à travers les flux énergétiques qui sous-tendent le monde. L’univers est modelé par l’énergie – en fait, tout est énergie. La pensée est énergie. L’homme est créateur : par nos actes, nos paroles et nos pensées, nous transformons l’énergie et nous créons des champs de potentialités. Le fait est que la plupart du temps, nous n’en sommes pas conscients – et le résultat, c’est-à-dire notre environnement et les événements de notre existence, peut nous sembler fort peu satisfaisant.

Comment se fait-il que nous fassions si mauvais usage de notre force de création et de changement ? Peut-être parce que nous ne sommes pas conscients des lois selon lesquelles l’univers fonctionne. Rappelons ce grand classique :

  • La loi de résonance : une chose attire ce qui lui ressemble. Ex. : La tristesse attire la tristesse, le plaisir attire le plaisir.
  • La loi d’attention : on attire ce sur quoi se porte notre attention. L’attention même que l’on porte à un problème est l’énergie qui le nourrit. La sagesse serait de concentrer notre attention sur la solution, ou sur la partie positive de la situation, ou simplement sur la situation vitale présente (il est dit dans le Yi King que « tout ce qui va au-delà de la situation vitale présente ne fait que blesser le cœur »).
  • La loi d’attraction : on attire ce que l’on désire – et ce dont on a peur. Reconnaître sa peur, comme ses désirs, est un bon début, car, comme l’a dit Jung, « les choses du monde intérieur nous influencent d’autant plus puissamment qu’elles sont inconscientes ».

Synchronicité et coïncidence : vers un état d’unité ?

Le Yi King ouvre des champs de coïncidences, c’est-à-dire qu’il favorise ou permet de prendre conscience des synchronicités qui guident discrètement celui qui se remet en question assez profondément pour abandonner ses repères et continuer pourtant à avancer (est-ce dans le chan que l’on dit qu’il faut d’abord sauter dans le vide et qu’alors les ailes se mettent à pousser ?).

Une définition de la synchronicité est donnée par Massimo Teodorani dans Synchronicité (voir Bibliographie pour références exactes) :

« La synchronicité survient comme une coïncidence d’événements dans l’espace et le temps, comme quelque chose qui va bien au-delà du pur hasard ; il s’agit d’une interdépendance particulière entre des événements objectifs, ou entre des événements objectifs synchrones et l’état subjectif de l’observateur. » [Carl Gustav Jung]

« L’esprit (le psychisme) et la matière ne sont donc pas disjoints, mais interagissent totalement, de façon synchrone. Et il n’y a pas un seul esprit et un seul morceau de matière, existant individuellement, mais un nombre infini de morceaux de matière / esprit, unis et synchronisés en un tout unique.

Ce que nous croyons alors être notre psychisme ne l’est pas, mais est notre capacité à nous relier à une grande source universelle qui nous unit tous (…) La clef du bonheur, de la sérénité et de la vie même, est de prendre conscience de notre appartenance à un univers infini. »

N.B. : La synchronicité favorable à notre évolution peut aussi, à l’occasion, prendre la forme d’un coup de pied au c.. On n’a pas dit que les situations « utiles » étaient toujours agréables sur le moment. C’est dire s’il faut désirer profondément changer, et être prêt à lâcher même – et surtout peut-être – ce que l’on considère comme « bien ».

Connais-toi toi-même

« Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les Dieux », dit la philosophie occidentale au travers de Socrate.

« Le chant de l’origine des quatre natures », cité par Jean Gortais dans  Taiji Quan (éd. Le Courrier du Livre, 2009), dit :

« Les autres ne connaissent pas ma nature.
De même que je ne connais pas la nature des autres,
La nature des choses comme celle des hommes,
Ainsi que la nature universelle.
Cette nature universelle est telle que ma nature partielle.
Si je connais ma nature propre,
Je connaîtrai la nature universelle. »

De fait, il me semble qu’une pensée véritablement altruiste commence par le développement assumé d’une part d’égoïsme salutaire, pour éviter de boiter des deux pieds en vivant dans l’illusion qu’on marche droit.  Charité bien ordonnée commence par soi-même, dit la sagesse populaire.

Taoïsme et psychothérapie

Extrait de Le Monde du Tao – Créativité et taoïsme de Chang Chung-Yuan, éditions Stock,  1971 :

« La valeur du Tao réside dans son pouvoir de réconcilier les contraires à un niveau supérieur de la conscience, représenté symboliquement par la lumière dans le taoïsme. Réconcilier les polarités pour atteindre à une existence équilibrée et à une meilleure intégration, tel est l’objectif de la psychothérapie. Jung* constatait que la méthode qu’il appliquait depuis des années rejoignait les sages enseignements des anciens taoïstes :

Mon expérience professionnelle m’a révélé une approche nouvelle et inattendue de la sagesse orientale, mais il doit être bien entendu que je ne suis pas parti d’une connaissance plus ou moins exacte de la philosophie chinoise […] C’est seulement par la suite que mes expériences professionnelles m’ont montré que, dans ma pratique, j’avais été inconsciemment conduit à suivre la voie secrète qui, pendant des siècles, a été la préoccupation des meilleurs esprits de l’Orient.

Quelle est cette préoccupation ? Jung la formule ainsi :

Parce que les choses du monde intérieur nous influencent d’autant plus puissamment qu’elles sont inconscientes, il est essentiel pour qui veut progresser dans la connaissance de soi d’objectiver les effets de l’anima et d’essayer ensuite de comprendre leur contenu sous-jacent. De cette façon, il s’adapte à l’invisible et est protégé contre lui. Aucune adaptation ne peut se faire sans concessions aux deux mondes.

Le possible et le nécessaire procèdent d’une prise en considération des exigences du monde intérieur et du monde extérieur ou, plus exactement, de leurs conflits. Malheureusement notre esprit occidental, manquant à cet égard de toute culture, n’a jamais encore découvert un concept ni même un nom correspondant à l’union des opposés par la voie moyenne (ce point fondamental de l’expérience intérieure) qui puisse être valablement comparé au concept chinois du Tao.

Jamais encore le taoïsme chinois n’avait été aussi bien expliqué à la lumière de la psychologie moderne ni présenté comme un moyen d’élever l’activité mentale de l’homme et d’alléger ses souffrances. Dans cette optique, le mystère de l’antique sagesse orientale, qui met au jour le meilleur de l’homme, n’est plus un mystère mais simplement une voie vers une vie saine et harmonieuse. »

* Les citations de Jung proviennent de l’introduction qu’il écrivit à la traduction du Yi King par Richard Wilhelm en 1929.

Le sens spirituel de la crise

J’ai rencontré récemment The Pathwork of self-transformation d’Eva Pierrakos (éditions Bantam Books, 1990), dont la version française est en rupture d’éditeur.

La version française s’intitule Les chemins de la transformation mais j’aurais tendance à proposer plutôt Le processus de la transformation de soi. Mon niveau en anglais est un peu juste pour comprendre toutes les finesses du discours, d’autant plus que s’agissant d’un texte inspiré, il m’est par moments difficile de savoir si la bizarrerie de langage que je relève provient des limites de mon niveau de maîtrise de l’anglais ou d’une association de mots qui aurait pour but de générer volontairement un décalage de sens, comme cela peut se voir dans la poésie.

Le premier passage dont je propose la lecture ci-après (N.B. : c’est celui que j’ai lu lors de la soirée Yi King du 21 octobre à Avignon) concerne Le sens spirituel de la crise (op. cit., chapitre 11, p. 145 et suivantes). Je l’ai traduit de manière cursive ; c’est-à-dire que j’ai traduit le sens global, ne m’arrêtant sur le dictionnaire que lorsqu’un mot ou une phrase était vraiment trop obscur pour moi. Je suis restée volontairement proche du texte anglais dans la forme, car une traduction littérale, donc un peu lourde, me semble préférable à un rédactionnel plus élaboré qui risquerait de s’éloigner davantage du sens original. J’ai parfois noté entre parenthèses l’expression originale en anglais lorsque son sens me paraissait particulièrement ambigu.

***

« Il y a des moments – et même des périodes qui durent – dans nos vies où soudain tout semble être arrivé à une fin. Nous sommes secoués au plus profond de notre être par des événements qui nous obligent à prendre des décisions difficiles, cependant que nos sentiments sont dans une telle agitation que nous ne savons pas quoi faire. (…)

Quel est le vrai sens, le sens spirituel de la crise ? La crise est une tentative de la nature d’effectuer le changement au travers des lois cosmiques de l’univers. Si le changement est empêché (obstructed) par l’ego, la part de la conscience qui dirige la volonté, la crise va se produire pour rendre possible le changement structurel.

Sans un tel changement structurel dans l’entité, aucun équilibre ne peut être atteint. Toute crise ultimement signifie un tel réajustement, si elle apparaît sous la forme de douleur, difficultés, bouleversement, incertitude, ou simplement de l’insécurité qui vient de la mise en route d’une façon de vivre inhabituelle après en avoir abandonnée une qui nous était familière. La crise sous toutes ses formes essaie de briser les vieilles structures basées sur des conclusions fausses et par conséquent sur la négativité. La crise secoue (défait) les habitudes enracinées et figées (gelées) de manière à ce qu’une nouvelle croissance devienne possible. Elle démolit et elle brise, ce qui est momentanément douloureux, mais la transformation n’est pas pensable sans cela.

Plus une crise est douloureuse, plus la part de la conscience qui dirige la volonté fait obstruction au changement. La crise est nécessaire parce que la négativité humaine est une masse stagnante qui a besoin d’être secouée pour qu’on puisse la laisser partir. Le changement est une caractéristique intégrale de la vie (fait partie intégrante de la vie) ; là où il y a de la vie, il y a un changement permanent. Seuls ceux qui vivent encore dans la peur et la négativité, qui résistent au changement, perçoivent le changement comme une chose à laquelle il faut résister. Ils résistent à la vie même, et la souffrance se resserre encore plus étroitement autour d’eux. Cela survient dans le développement global des personnes aussi bien que dans des situations spécifiques.

Les êtres humains peuvent être libres et en bonne santé dans les domaines où ils ne résistent pas au changement. Ils sont en harmonie avec le mouvement universel. Ils grandissent et expérimentent constamment la vie comme profondément satisfaisante. Cependant ces mêmes individus réagissent complètement différemment dans les domaines où ils ont des blocages. Ils s’accrochent peureusement à des conditions  non changeantes à l’intérieur et à l’extérieur d’eux-mêmes. Là où ils ne résistent pas, leurs vies seront relativement dénuées de crises ; dans les domaines où ils résistent au changement, les crises sont inévitables.

La fonction de la croissance humaine est de libérer les potentiels propres à chacun, qui sont vraiment infinis. Toutefois, là où des attitudes négatives stagnent, réaliser ces potentiels est impossible. Seule la crise peut démolir une structure qui est construite sur des bases qui contredisent les lois de la vérité cosmique, l’amour, et la félicité (bliss). La crise secoue l’état gelé (figé), qui est toujours négatif.

Sur le chemin de l’accomplissement émotionnel et spirituel vous avez besoin de travailler intensément pour vous libérer de vos négativités. Quelles sont-elles ? Les conceptions fausses ; les émotions, attitudes et schémas de comportement destructeurs qui en émanent ; les prétextes (prétentions ? pretenses, pas pretences=prétextes) et les défenses. Mais rien de tout cela ne présenterait trop de difficulté en soi s’il n’y avait la force auto-perpétuante qui pousse chaque aspect négatif dans un élan toujours croissant dans la psyché humaine (But none of these would present too much difficulty in themselves if it were not for the self-perpetuating force that compounds each negative aspect in an ever-increasing momentum within the human psyche.).

Toutes les pensées et les sentiments sont des courants d’énergie. L’énergie est une force qui augmente avec son propre élan, toujours basé sur la nature de la conscience qui nourrit et dirige le courant d’énergie en question. Par conséquent, si les concepts et sentiments sous-jacents s’accordent avec la vérité et donc sont positifs, le mouvement auto-perpétuant du courant d’énergie va faire grandir infiniment (ad infinitum) les expressions et attitudes implicites dans les pensées sous-jacentes. Si les concepts et sentiments sous-jacents sont fondés sur l’erreur et donc sont négatifs, le mouvement auto-perpétuant du courant d’énergie va pousser ( ? compound), bien que pas infiniment (not ad infinitum). »

La solution est toujours dans le problème…

… ou dans la manière de le formuler !

Taijitu, symbole du Taï Chi ou du Yin YangEn termes Yi King, on dirait : le problème porte en lui le germe de son développement vers sa propre (ré)solution – tout comme dans le symbole du Taijitu, la surface noire (Yin) comporte une goutte blanche (Yang) qui va grossir jusqu’à faire basculer la tendance principale de la forme (Yin) vers la polarité opposée (Yang). C’est ainsi que tout se transforme ! Donc, comme écrit sur le schéma ci-dessous (récupéré sur le web, sans source précise) : inutile de s’inquiéter !

La solution se trouve toujours à l’intérieur. Retour au centre de soi-même.

Problème et solution

La Déclaration d’Avalon : quelles solutions écologiques et solidaires pour sortir de la crise économique et financière ?

Institut Karma Ling en Savoie (temple bouddhiste)Vous pouvez télécharger la « Déclaration d’Avalon », compte-rendu d’un séminaire « Économie et spiritualité » auquel j’ai participé en septembre, en cliquant sur ce lien. Elle est également disponible sur le site du Forum Économie et Spiritualité.

En voici le préambule :

« Cinq cent personnes d’horizons divers, représentatifs de la société civile, se sont réunies les 10 et 11 septembre [2011] sur le domaine d’Avalon, à l’invitation de l’Université Rimay-Nandala (www.universite.rimay.net). La dynamique initiée par cette rencontre est inspirée par l’éthique des valeurs humaines et a pour but d’envisager des solutions écologiques et solidaires à la crise économique et financière qui menace les équilibres humains et environnementaux du monde. La «déclaration d’Avalon» est le reflet des échanges conduits pendant le forum.

Cette déclaration constitue un document de sensibilisation et d’éducation à une éthique économique et politique applicable dans les institutions publiques, les entreprises, les organisations et les ménages pour remédier à la crise. L’ensemble est à disposition de toutes les personnes de bonne volonté.

Suivant un schéma thérapeutique, établissant le diagnostic avant d’appliquer ensuite le remède adéquat, les personnes présentes au forum d’Avalon ont considéré 1) la crise, 2) l’origine de la crise, 3) la cessation de la crise, 4) la voie vers la cessation de la crise. »

La suite en cliquant sur ce lien.

En cadeau, une belle citation de Khalil Gibran évoquée dans le cadre de ces rencontres :
« Le travail, c’est l’amour rendu visible ».
C’est beau, n’est-ce pas ? C’est à méditer…

Pourquoi faire appel au hasard pour consulter le Yi King ?

Ciel et nuagesEt d’abord, qu’est-ce que le hasard ?

Vous êtes allongé dans un champ et vous regardez le ciel. Des nuages floconneux se font et se défont. Certains apparaissent et d’autres disparaissent, se fondant dans une masse nuageuse plus grande ou se dissolvant dans l’infini bleu du ciel.

Faire appel au hasard lorsqu’on consulte le Yi King, c’est un moyen de se rendre perméable aux informations du Ciel, de la Terre et de tout ce qui est vivant, un peu à la manière dont, dans la cérémonie du thé, on rend le thé amoureux de l’eau pour qu’il libère le meilleur de son arôme. Cela déjoue la fausse vigilance de notre mental qui surveille les choses, les empêchant de se transformer, puisque selon une loi quantique, l’observateur fait cesser l’expérience. Cela permet d’activer une branche pour la plus grande part inconsciente de notre créativité, en nous rendant capables d’admettre que nous pouvons faire se dissoudre les nuages. En ce sens, le Yi King nous aide à accéder à une plus large part de nos potentiels.

Ainsi, abandonnés à la bienveillance de la Nature, nous pouvons être nuage et, comme lui, nous dissoudre ici pour réapparaître ailleurs, autrement, sous d’autres yeux, d’autres cieux, un et multiple, riche de tous les possibles inexplorés. Cela nous permet d’accéder au non connu, car comment faire du neuf en mettant en action un mental qui ne sait guère que réagencer l’ancien, puisque l’inconnu est par essence impossible à imaginer ?

Le hasard aide à se libérer du connu.Vivre en étant relié à « sa vraie nature », c’est peut-être apprendre à disparaître ici, comme un nuage, pour réapparaître ailleurs, en n’étant plus ni tout à fait le même ni tout à fait un autre, à la fois un et multiple – fondamentalement ouvert.

« Le hasard, c’est Dieu qui voyage incognito », disait Einstein.

Apprivoiser l’ombre, oser la lumière

Un peu d’histoire de l’art

La Lutte de Jacob et de l'ange, Rembrandt, 1659, Huile, 137 x 116 cm, Staatliche Museen, Gemäldegalerie, Berlin. Source : http://www.cineclubdecaen.com/peinture/peintres/rembrandt/luttedejacobaveclange.htmLe chiaroscuro (« clair-obscur ») est une technique picturale dont l’invention est généralement attribuée à Caravage (1571-1610). Elle a été employée par d’autres peintres célèbres, dont Rembrandt (illustration : La Lutte de Jacob avec l’ange, Rembrandt, 1659. Source : http://www.cineclubdecaen.com/peinture/peintres/rembrandt/luttedejacobaveclange.htm). Le contraste entre les parties lumineuses et les parties sombres y est utilisé de manière à exacerber l’intensité expressive du tableau, lui conférant une dimension tragique. Ce procédé se double souvent d’une intention symbolique, la lumière et l’ombre étant utilisées pour signifier respectivement les aspects célestes (divins, sacrés) ou terrestres de la scène représentée. Il est intéressant de signaler que, quelque sombres que les tons les plus foncés aient pu être lors de la création du tableau, le temps les a en général rendus plus obscurs encore, en raison du vieillissement de certains pigments et vernis utilisés. Hexagramme 48, le PuitsC’est le cas aussi des tableaux « au bitume » du XIXe siècle, qui ont mal supporté d’être privés d’exposition à la lumière (le phénomène est parfois réversible : exposer l’œuvre au grand jour ranime sa part de lumière). Comme le Puits (hexagramme 48) qui ne s’épuise que si on n’y puise pas, il semblerait donc que l’œuvre s’abîme si on ne la voit pas.

Dialogues de sourds ordinaires (a priori, aucun rapport, mais c’est pas grave)

Hexagramme 30, Le Feu, Lumière, Filet d'oiseleur, Ce qui attacheBien sûr, il y a toujours le risque de l’illusion, la pire de toute étant celle que l’on peut entretenir au sujet de soi. Bien sûr aussi, il y a le vertige des hauteurs, éblouissement de celui qui, trop tôt ou inopportunément, veut regarder le soleil en face. Bien sûr il y a mille erreurs d’interprétation possibles ; et dix mille raisons de douter, cent mille doutes que l’on ose à peine formuler. Mais rester toujours dans l’ombre de ce que l’on pourrait être, est-ce la solution (à quoi ?) ? Vivre, c’est prendre des risques – question de choix originel.

Logique Shadok. Source : http://membres.multimania.fr/shadoks/paspb.jpgSolution : définitions courantes (puisées par là >)

  • Mélange liquide homogène des molécules d’un liquide (solvant) et d’un solide (soluté), d’un gaz, d’un autre liquide.
  • Action de résoudre: solution d’un problème.
  • Dénouement d’une difficulté.
  • Conclusion.

J’ajoute, m’appuyant sur le Yi King, que le problème porte toujours en lui le germe de sa solution (même si ça peut être contrariant de l’admettre quand on se trouve face à un mur). « C’est dans l’ombre qu’il est bon de croire à la lumière » (dixit Edmond Rostand et/ou quelques-autres, sûrement).

La bataille des ombres selon Tchouang Tseu

« Un homme était tellement perturbé par la vue de son ombre et tellement mécontent de ses propres traces de pas qu’il décida de se débarrasser des deux.
La méthode qui lui vint à l’esprit fut de s’en éloigner en courant. Il se leva donc et courut, mais chaque fois qu’il posait un pied, il y avait une nouvelle trace, tandis que son ombre le suivait sans aucune difficulté.
Il attribua son échec au fait qu’il ne courait pas assez vite. Il courut donc de plus en plus vite, sans s’arrêter, jusqu’à ce qu’il tombe raide mort.
Ce qui lui échappa, c’est que s’il avait simplement marché dans l’ombre, son ombre aurait disparu et que s’il s’était assis et tenu tranquille, il n’y aurait plus eu de traces. »

L’incitation à ne pas avoir peur de grandir de Nelson Mandela

« Nous ne craignons pas tant notre incompétence que notre incommensurable puissance. C’est la luminosité de notre âme, et non ses ténèbres, qui nous effraie le plus. Nous nous demandons : «Pourquoi serais-je, moi, un être brillant, magnifique, talentueux, formidable?» En réalité, pourquoi ne le seriez-vous PAS ? Votre manque de grandeur ne sert pas le Monde. Il n’y a aucune noblesse à rester médiocre pour rassurer les autres. La grandeur n’est pas l’apanage de quelques élus ; elle se trouve en chacun de nous. Lorsque nous laissons notre âme répandre sa lumière, nous permettons inconsciemment aux autres de révéler la leur. Lorsque nous nous affranchissons de notre propre peur, notre présence libère automatiquement les autres. »
Résonance, voire communion plus que communication ?

L’existence comme une mer d’ombre sur laquelle il s’agit d’apprendre à marcher pour créer sa vie

Après un minimum de « travail sur soi » [aparte : essayer de trouver une expression moins besogneuse et moins moche pour remplacer celle-là], on admet assez facilement, au moins sur le principe, qu’il est souhaitable, ne serait-ce que pour vivre un peu plus heureux (ou un peu moins malheureux, c’est selon), de se désidentifier de sa part d’ombre (comprendre : tu n’es pas ta peur, ni ta colère, ni tout ce que tu  considères comme négatif en toi, à supposer que tu le voies). On  a généralement un peu plus de mal à réaliser la même opération de mise à distance par rapport à ce que l’éducation principalement nous incite à considérer comme « lumineux », « bien » ou « bon » ; c’est moins valorisant d’admettre que l’ensemble de nos supposées vertus n’est pas davantage ce « moi » véritable dont on peut espérer se rapprocher à force d’éplucher l’oignon des croyances et des habitudes. En gros, « je » ne suis ni ma part d’ombre, ni ma part de lumière – bien au contraire, comme dirait Coluche. Que reste-t-il au cœur de l’oignon, une fois qu’on l’a tout bien épluché ? La réponse est peut-être dans la question.

Nature morte ou vie tranquille ?

Nature morte à l'assiette d'oignons, Van Gogh, 1889. Source : http://www.yes-we-art.com/22621-22623/nature-morte-a-l-assiette-d-oignons-1889.jpgLa « nature morte » est un genre de tableau qui représente un groupe d’objets inanimés, issus du quotidien. La même chose se dit « still life » en anglais et « still Leben » en allemand, soit « vie tranquille »  ou « vie immobile ». Question de point de vue ?

Je rappelle que mes propos, c’est-à-dire l’ensemble des contenus de ce site et la manière de les présenter, n’engagent que moi et ne prétendent pas avoir une quelconque valeur de vérité.

Mélange liquide homogène des molécules d’un liquide (solvant) et d’un solide (soluté), d’un gaz, d’un autre liquide.
Solution tampon: solution assez concentrée dont le pH reste constant lorsqu’on y ajoute un acide ou une base, ou malgré sa dilution.
Action de résoudre: solution d’un problème.
Dénouement d’une difficulté.
Conclusion.
Interruption: solution de continuité.Mélange liquide homogène des molécules d’un liquide (solvant) et d’un solide (soluté), d’un gaz, d’un autre liquide.
Solution tampon: solution assez concentrée dont le pH reste constant lorsqu’on y ajoute un acide ou une base, ou malgré sa dilution.
Action de résoudre: solution d’un problème.
Dénouement d’une difficulté.
Conclusion.
Interruption: solution de continuité.

Fukushima et la CRIIRAD : le Yi King m’a dit

Hexagramme 55 du Yi KingCertes ça fait un peu « allumé » comme titre mais l’air (vicié) du temps met le feu aux poudres et vu la conjoncture brûlante, tous les moyens sont bons pour essayer d’y voir clair. Du feu qui éclaire au feu qui réchauffe, du feu qui sépare à celui qui réunit, finalement il nous manque surtout encore un peu de feu sacré pour éviter l’épaississement du feu non maîtrisé décrit dans l’hexagramme 55, nommé « L’Abondance » – on voit où la recherche du « toujours plus » nous mène.

Avant-propos. Je voudrais dire combien je me sens désolée de la situation mondiale actuelle ; désolée comme une terre qui manque de l’eau de vie. Je me sens impuissante et la colère ne change rien. Participer, à ma mesure, à une tentative (que j’espère et je sais malgré tout collective) d’élévation du niveau de conscience général me semble parfois bien naïf comme réponse aux hoquets d’un monde qui meurt. Mais essayons tout de même. Comme dit le Colibri :  « Je fais ma part » – aussi modeste soit-elle, ou en tout cas j’essaie.

Du pain et du miso. On nous a annoncé l’imminence possible d’un incident nucléaire grave il y a quelques semaines. Tout le monde s’est précipité dans les magasins bio pour les dévaliser – plus un seul pot de miso disponible dans les centrales d’achat, cela prêterait à rire si la situation n’était aussi dramatique (au moins on ne dira plus aux végétariens qu’ils passent leur temps à brouter de l’herbe, enfin, faut voir). Et puis passé le coup de feu médiatique, un silence angoissant a commencé à peser sur cette affaire. Même la CRIIRAD s’est montrée silencieuse : plus guère d’informations, après quelques relevés pourtant alarmants effectués en Rhône-Alpes. Entre-temps, les médias occupent le public avec quelques histoires savoureuses de sexe et d’argent – « Donnez au peuple du pain et des jeux », aurait rapporté l’auteur latin satirique Juvénal. Et soudain, c’est comme si ça devenait décidément trop gros pour qu’on puisse garder encore le couvercle posé sur cette cocotte dont la pression n’arrête pas de monter.

L’ombre du doute. J’ai tendance à considérer la CRIIRAD comme un organisme fiable, au service du public. Ces derniers jours, face à la gravité des nouvelles (pas bonnes) qu’on consent enfin à nous distiller à nouveau, à doses que je crains homéopathiques, je me suis posé la question de l’intégrité de cette structure. J’interroge rarement le Yi King pour des questions qui ne concernent pas directement et personnellement le consultant ; mais cette situation (et sa gravité) nous concerne tous, s’agissant de l’air, de l’eau et des aliments que nous ingérons. Alors j’ai posé la question suivante :

« Est-ce que la CRIIRAD communique au public toutes les informations dont elle dispose au sujet de la contamination nucléaire en France suite à l’incident de Fukushima ? » (jeudi 26 mai 2011)

51-16J’obtiens l’hexagramme 51, « L’Éveilleur » ou « Ébranler » en hexagramme de situation, avec le premier trait mutant, ce qui donne en hexagramme de perspective le 16, « S’enthousiasmer » ou « Maîtriser son enthousiasme ».

J’analyse cette situation en m’appuyant sur la signification des traits Yin et Yang et de leurs transformations, avec comme support textuel principal  la traduction de Cyrille Javary.

Les remarques qui suivent constituent une extraction personnelle qui n’engage que moi et ne prétend pas avoir une quelconque valeur d’affirmation. L’intuition participe de mon interprétation et je l’assume – je reviendrai une autre fois sur le déplacement du regard et du discernement que le Yi King nous aide à opérer.

Premières impressions et lecture psychologique. Un coup de tonnerre qui fait peur ? Ont-ils peur de trop ébranler les esprits s’ils décrivent la réalité de la situation, et qu’il devienne impossible de maîtriser la panique ambiante ? On n’en est qu’au début et déjà c’est l’épouvante face à une catastrophe (nucléaire, mondiale, dramatique du point de vue écologique, sans solution connue) dont l’idée même est tellement insupportable qu’elle risque de nous rendre fous.

Lecture tellurique ou géobiologique. Du fond de la terre ont à peine commencé à remonter des forces jusque là endormies. On a dérangé quelque chose de profond dans l’ordre naturel du monde (par l’usage inconscient des technologies et l’exploitation abusive des ressources).

Situation énergétique globale. Quand un coup de tonnerre nous secoue assez pour nous déstabiliser et nous sortir de notre vie tranquille, le Yi King conseille de profiter de la mise en mouvement suscitée, même si elle est brutale, pour se réveiller (dans le sens aussi d’un éveil des consciences endormies) ; passer à l’action pour préparer les conditions d’un renouveau. Mais le choc est ici tellement fort qu’il est particulièrement difficile de trouver un point de référence stable (un appui solide, au propre comme au figuré, puisque le choc se manifeste au niveau de la terre, affectant nos racines et ce sur quoi notre vie se fonde) pour sortir du chaos et commencer à travailler à un ordre nouveau. Pourtant tout est à faire et la décomposition ne fait que commencer.

Lecture prospective et conseils sur l’attitude à adopter. Si on met à profit l’énergie de ce réveil brutal pour se mettre au travail, alors tout n’est peut-être pas perdu mais il va falloir du cœur à l’ouvrage et ne pas se laisser abattre. Un renouveau est possible si on arrive à déjouer l’accablement provoqué par le choc initial et à ne céder ni à la panique ni à la folie.

Il s’agit maintenant de réparer une situation qu’on a laissé se dégrader jusqu’à aller à l’encontre des lois de la nature. Il est possible que d’autres séismes se préparent, et que les autorités (ou ceux qui le savent) ne sachent pas à quel saint se vouer, parce que rien, dans l’organisation de notre monde technologique et industriel, n’a été pensé pour parer à une telle situation. On a fermé les yeux sur certains risques et maintenant le choc nous oblige à les ouvrir.

La touche d’espoir. Au cœur de l’hexagramme 51, il y a l’hexagramme 39, « Obstacle » ou « Obstruction » : une résistance interne, quelque chose qui ralentit malgré tout le processus qui crée les conditions de la catastrophe (qui, elle, se manifeste de manière brutale et sans prévenir). Cela donne un tout petit peu de temps et doit inciter à profiter de la secousse pour se mettre en mouvement sans attendre afin de créer les conditions d’un renouveau. On ne sait pas si celui-ci est possible mais du point de vue de la structure du Yi King, l’hexagramme 51 amorce un cycle nouveau, juste après la transmutation de la matière suggérée par l’hexagramme 50. Nous vivons dans un monde mutant, mais dans quel sens opère ou s’opère cette mutation à travers nous ?

L’avertissement. L’hexagramme opposé au 51 est le 57, « Modeler » ou « Convaincre par la douceur ». Ici la douceur et la répétition lente d’actions petites n’est pas efficace. On ne peut plus habiller les événements d’un flou artistique (ou communicationnel) qui les rende acceptables. C’est peut-être pour cela que la communication a été bloquée pendant quelques semaines : comment formuler l’inacceptable, comment supporter l’insupportable ?

La synthèse, en réponse à la question posée. Le tirage suggère que les intentions de la CRIIRAD sont honnêtes mais que l’organisme se serait trouvé dans une situation qui dépasse ses possibilités de communication et d’action. Le tirage ne parle pas d’influences liées à un pouvoir abusif (type censure) ; il évoque plutôt l’impuissance et l’incapacité à dire quelque chose qui va fatalement avoir des répercussions importantes et radicales. La structure elle-même doit se réorganiser et trouver de nouveaux moyens de communiquer et de mener son action, dans ces circonstances exceptionnelles. La réponse du Yi King concerne probablement aussi chacun de nous : nous ne devons pas céder à la panique, et laisser la peur altérer notre jugement quand les informations tardent à nous parvenir.

Post scriptum. Au moment de publier cette note, je fais le tour des derniers liens que j’ai reçus à propos de ces événements. Je parcours notamment un dossier publié par la CRIIRAD à propos des risques dus à la contamination de la France par les rejets de la centrale de Fukushima Daiichi et j’y lis ceci, qui me semble aller dans le sens de mon interprétation :

« La CRIIRAD a reçu plusieurs milliers de demandes concernant l’impact de l’arrivée sur la France des masses d’air contaminé : quels sont les risques pour ma santé ? Pour mes enfants ? Pour l’enfant que je porte ? Faut-il se protéger ? Si oui, comment ? Le texte ci-dessous constitue un premier élément de réponse. Il sera progressivement enrichi et amélioré.
Nous espérons pouvoir le présenter prochainement sous forme de « foire aux questions ». La charge de travail est telle que notre petite équipe a du mal à avancer autant qu’il le faudrait sur les différents volets du dossier : prélèvement et analyses d’échantillons venus de France et du Japon, recensement et étude des données disponibles, rédaction des documents d’information, réponse aux appels, aux courriels et aux demandes d’interviews, etc.). Il faut savoir qu’avant le déclenchement de la crise, la CRIIRAD était déjà en situation difficile du fait du décalage entre ses moyens et l’importance des dossiers qu’elle traite. »

Se réveiller. A quoi sert ce développement psycho-énergético-philosophique ? Je suis convaincue, parce que je l’expérimente dans ma vie depuis plusieurs années, que le Yi King peut nous aider à penser autrement et nous accompagner sur le chemin du changement. Partager ma réflexion est pour moi un moyen de contribuer, avec les moyens dont je dispose, à l’évolution de la pensée, et donc à la transformation du monde. J’entends d’ici le tatou exaspéré : « ‘‘Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ?’’ ‘‘Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part.’’ »

Rencontre avec un homme remarquable ou Comment déjouer l’obstacle sur le chemin du changement

Aujourd’hui, j’ai eu la chance incroyable de rencontrer Pierre Rabhi. Il faut voir la lumière dans les yeux de cet homme, la simplicité de sa présence, la justesse de ses mots ; et le rayonnement indicible de son cœur, à en pleurer de gratitude. J’ai assisté à une interview qu’il accordait au journal Soleil Levant. J’ai écouté avec attention, trop émue du reste pour avoir envie de dire quoi que ce soit. Aujourd’hui, j’ai rencontré un homme véritable.

Oscar Wilde a dit que « Le progrès n’est que l’accomplissement des utopies ». Sans le rêve originel qui permet d’oser une idée nouvelle, aucune évolution n’adviendrait jamais. Or la société dans laquelle nous vivons a tôt fait d’étiqueter marginaux et inadaptés tous ceux, hommes et femmes, qui disent leur rêve d’un monde meilleur, leur désir de vivre autrement que sur le mode diabolique du produire-consommer-mourir. L’utopie ne fait pas vivre son homme – ni sa femme. Certes la vraie richesse est, comme la beauté, intérieure – mais à l’extérieur, le philosophe crève la dalle. Soit. Pierre Rabhi propose des solutions pratiques pour faire manger les pauvres et les idéalistes ; on peut avoir à peiner un peu pour cela – mais si la liberté est à ce prix…

Pierre Rabhi n’hésite pas à affirmer ses utopies et ses craintes pour la planète, sans complaisance, sans affectation, sans cruauté non plus, avec une bonté infinie, et un espoir fou qui nous contamine parce qu’il prend appui sur des actions concrètes. « Ton véritable devoir est de sauver ton rêve », a dit Giacometti. Pierre Rabhi incarne ses rêves jour après jour. Dans sa propre vie d’abord, puis par des projets dont il est l’initiateur, tels le mouvement des Colibris ou Terre et Humanisme, il témoigne avec clarté qu’il est possible de mettre sa vie en cohérence avec ses idées et ses désirs profonds. Je pense ici, une fois de plus,  à l’hexagramme 45, « Le Rassemblement », dans la traduction de Thomas Cleary, dont voici un extrait :

Hexagramme 45, le Rassemblement«Il importe d’avancer pas à pas sur le terrain de la réalité avant de pouvoir la parfaire. Connaître sans agir, c’est méconnaître – qui pourrait alors parvenir à la fortune ? « Trouver une direction est bénéfique », dit le texte. La seule valeur de la connaissance réside dans son application.»

Certains propos de Pierre Rabhi résonnent étrangement avec mes études et questionnements des dernières semaines. Cela me remplit toujours d’une forme d’émerveillement sacré de voir combien la vie nous envoie des réponses parfois étonnamment claires et directes à nos questions, au travers de situations du présent qui déjouent notre soif de résultats en se faisant passer pour anodines. J’y vois un exemple de la manière dont se manifestent les synchronicités et coïncidences suscitées par la pratique du Yi King (que je considère dans ce sens comme un art énergétique au même titre que certaines pratiques corporelles). Il ne s’agit pas de voir des signes partout, mais d’être (fondamentalement) ouvert au foisonnement de potentiels que la vie nous sert chaque jour sur un plateau ; le Yi King nous aide à nous défaire de nos œillères et à développer l’ensemble de nos perceptions, pour une meilleure com-préhension (littéralement : prendre en soi) de notre environnement.

Hexagramme 39, L'Obstacle ou ObstructionAinsi, au cours des dernières semaines, j’ai buté à plusieurs reprises sur l’hexagramme 39, généralement nommé « L’Obstacle » ou « Obstruction », qui parle d’une difficulté (réelle, mais à laquelle on accorde peut-être trop d’importance) à voir mais surtout à avancer (par opposition à « L’Opposition », hexagramme 38, qui parle d’une difficulté à voir et d’une tension entre l’intérieur et l’extérieur qu’il s’agit de résoudre). La stratégie préconisée dans les textes de l’hexagramme 39 consiste d’une part à élever son point de vue et d’autre part à effectuer un mouvement d’intériorisation et d’introspection pour commencer par favoriser la dissolution de la partie de l’obstacle, souvent bien plus importante qu’on ne le croit, qui se trouve en nous-mêmes. Se remettre en question personnellement, sincèrement et en profondeur, va permettre d’ouvrir de nouvelles possibilités dans une situation qui semble complètement bloquée. Je dois avouer que cet hexagramme 39 correspond assez exactement à ce que je ressens quand je considère l’état actuel du monde, tant du point de vue de l’écologie que du niveau général de conscience, et que cela me rend parfois très pessimiste sur mon propre devenir, que je vois intimement lié à ma vision du monde.

Comme en écho à cet hexagramme 39, j’entends ce jour Pierre Rabhi affirmer : « L’être humain est son propre obstacle ». Il y a en chacun de nous des éléments archaïques que nous n’avons pas dépassés et qui nous empêchent d’évoluer. Si nous voulons changer cette société, il faudra impérativement que nous commencions par changer en tant qu’individus, sinon aucun changement réel ne pourra se faire.

Un des obstacles majeurs réside dans la vision fragmentaire, de la planète autant que des hommes, qui est « enseignée » à l’enfant dès son plus jeune âge et aggravée par l’imagerie issue des technologies de pointe. Or si on considère la planète d’un point de vue global, il n’y a au départ « rien qui soit contre rien ;  c’est une globalité une et indivisible. » Les éléments qui composent le monde  sont interdépendants, indissociables. Si on les dissocie, cela génère une fragmentation préjudiciable à l’ordre global. Les humains ont fragmenté ce qui n’était pas fragmentable, gouvernés par un « tribalisme sécuritaire » qui pousse chaque groupuscule à se réfugier derrière ses frontières, parce que chacun cherche sa sécurité. La peur gouverne le monde et empêche l’individu d’avancer ; la structure de l’hexagramme 39 pourrait être lue ainsi, du point de vue des trigrammes, puisque le trigramme de la montagne, suggérant l’idée d’une immobilisation, y est associé au trigramme de l’eau, qui en énergétique chinoise représente ce qui structure mais aussi ce qui sépare, en soi et hors de soi, et toutes nos peurs conscientes ou inconscientes, notamment celles liées à la construction de la personnalité, qui dans ses aspects négatifs évoque les problématiques de l’ego. C’est notre peur profonde qui est à l’origine du principe de fragmentation et qui sert d’alibi à tout ce qui est négatif, sous prétexte d’apporter de la sécurité (exemple : pourquoi fabrique-t-on des armes ?). D’où l’importance, pour Pierre Rabhi (et je partage largement ce point de vue), des actions auprès des enfants, qu’il faudrait éduquer à l’unité et à la complémentarité, et pas à l’opposition et à la peur.

Taijitu, symbole du Taï Chi ou du Yin YangLe Yi King (et tout ce qu’on regroupe sous l’appellation « philosophie du Tao » ou « philosophie du Yin Yang ») décrit les fluctuations entre des polarités opposées. Cette transformation permanente du Yin au Yang et du Yang au Yin est présente comme une pulsation universelle dans notre monde de dualité. Quand on parle de vrais ou faux couples Yin Yang, comme le fait Thomas Cleary dans son introduction au Yi King de Lieou-Yi Ming, on entend en général établir une distinction entre la dualité, qui correspondrait à une loi naturelle du vivant, et le dualisme, qui serait une forme d’enkystement auquel l’esprit analytique occidental serait condamné depuis Descartes (en gros). On peut toujours débattre sur les rapports entre dualité et dualisme ; toujours est-il que je rejoins Pierre Rabhi quand il dit que notre vision reste divisée et que nous vivons dans un système dualiste entretenu comme tel par une vision globale de la planète qui permet que l’on puisse considérer une minorité comme inférieure par rapport à une autre – par exemple, l’infériorité implicite de la femme par rapport à l’homme, fait accepté par l’inconscient collectif depuis la nuit des temps, et auquel il faudra bien que nous, hommes et femmes de tous les pays, arrivions massivement à faire un sort un jour.

Dualité ou dualisme, fragmentation, division s’opposent à « l’unité absolue du genre humain » (je reviens à mes notes). Pourquoi sommes-nous tant divisés ? Il faudrait commencer par donner aux enfants une éducation et une perception de leur spécificité qui ne soit pas teintée de la notion d’opposition. Actuellement, « moi-même je suis divisé en moi, dit Pierre Rabhi. Je suis dans mes dualités intérieures, je suis un champ de bataille. » Et aussi : « Si nous ne travaillons pas à l’unité de nous-mêmes, comment pourrons-nous travailler à l’unité dans le monde ? » Et encore : « Le premier chantier, c’est moi. »

Le reste de mes notes concerne notamment les actions concrètes entreprises par Pierre Rabhi au travers des différents projets qu’il a initiés et de la « campagne sans candidat » qui va être menée par les Colibris parallèlement aux présidentielles. Le journal Soleil Levant expliquera ces choses bien mieux que je ne saurais le faire, dans un article qui paraîtra dans le numéro de juin 2011. Je terminerai donc ce memento personnel sur cette phrase de Pierre Rabhi qui remplit de joie mon âme d’artiste et mon cœur de femme :

« L’écologie doit réintroduire l’émerveillement. La politique ne parle jamais de la beauté. Je ne me bats pas seulement parce que l’arbre est vivant, mais parce qu’il est beau. »

Toute ma gratitude à Pierre Rabhi pour m’avoir montré qu’il est possible d’avoir une conscience aiguë de la beauté et de la maladie du monde et pourtant, de vivre. Merci.

Tout ma gratitude aussi à Jacques Durand, du journal Soleil Levant, pour m’avoir permis de vivre l’expérience de cette rencontre, à un moment de mon parcours où chaque événement peut être déterminant. Merci.

Yi King, désidentification et individuation

En suite à l’article « Hexagrammes 48, 49, 50 : comment passer de l’eau au feu ? », voici un extrait d’un ouvrage sorti récemment qui permet, dans un langage simple et clair, d’appréhender le Yi King à la fois comme outil de progrès personnel et comme manuel de conseils pratiques, Le Yi King – L’intelligence de la vie qui éveille tous les êtres, Philippe DUCHESNE , éd. Quebecor, 2010*.

« Tout comme il faut chauffer le minerai pour en extraire l’or et le séparer de sa gangue, de même il nous faut fournir un effort pour libérer les influx du ciel de leur enveloppe de mémoires passées. J’ai bien dit « libérer », c’est-à-dire rendre libre de, et non éradiquer. Pour ce faire, il suffit de cesser de s’identifier à quoi que ce soit sinon à la seule réalité qui soit : le réel qui est la vie, l’esprit un, le tao.

(…) Finalement, nous avons deux options dans notre vie, pas une de plus. Soit nous restons identifiés à l’ego et en sommes les marionnettes (ironiquement, on appelle cela la liberté), soit nous reconnaissons à l’ego sa valeur d’instrument, sans plus, et nous nous ouvrons à l’évidence : un seul esprit est à l’œuvre dans l’univers. Dans le taoïsme, suivre cet ordre se dit « habiter la circonstance ». On cesse alors de vouloir s’affirmer, s’afficher, se divertir (de l’essentiel) au profit de cette conscience vaste.

Comment cela ?

Le plus simplement du monde. En prenant une situation à la fois, telle que la vie la présente dans sa plus grande perfection pédagogique, un instant à la fois. Et en raisonnant non plus selon nos préjugés et nos intérêts personnels, mais selon ce que la situation appelle. D’ailleurs, de quoi nous parle le Yi King sinon de situations particulières et de la façon judicieuse de nous y comporter ? En tout cas, il ne fait pas de philosophie !

« Qu’attend de moi la situation ? » pourrait être notre ultime questionnement existentiel. »

(op. cit., chapitre 2, « Une vision du monde », p. 32-33)

On pourra méditer là-dessus en associant cette ultime question à la définition que Carl Gustav Jung donna, vers la fin de son parcours, de l’individuation :

« J’emploie l’expression d’individuation pour désigner le processus par lequel un être devient un in-dividu psychologique, c’est-à-dire une unité autonome et indivisible, une totalité. »

* P.S. du 5 mars 2011 : L’introduction du livre de Philippe Duchesne  est un bon support pour comprendre le Yi King et le sens des transformations. En ce qui concerne le texte des hexagrammes, il s’avère à l’usage qu’il n’a vraiment de sens que par rapport à une question : pas de question, pas de réponse – contrairement à d’autres versions des hexagrammes, qui constituent en elles-mêmes de bons supports d’étude et de méditation.