Archives de catégorie : Yi King et environnement

La Déclaration d’Avalon : quelles solutions écologiques et solidaires pour sortir de la crise économique et financière ?

Institut Karma Ling en Savoie (temple bouddhiste)Vous pouvez télécharger la « Déclaration d’Avalon », compte-rendu d’un séminaire « Économie et spiritualité » auquel j’ai participé en septembre, en cliquant sur ce lien. Elle est également disponible sur le site du Forum Économie et Spiritualité.

En voici le préambule :

« Cinq cent personnes d’horizons divers, représentatifs de la société civile, se sont réunies les 10 et 11 septembre [2011] sur le domaine d’Avalon, à l’invitation de l’Université Rimay-Nandala (www.universite.rimay.net). La dynamique initiée par cette rencontre est inspirée par l’éthique des valeurs humaines et a pour but d’envisager des solutions écologiques et solidaires à la crise économique et financière qui menace les équilibres humains et environnementaux du monde. La «déclaration d’Avalon» est le reflet des échanges conduits pendant le forum.

Cette déclaration constitue un document de sensibilisation et d’éducation à une éthique économique et politique applicable dans les institutions publiques, les entreprises, les organisations et les ménages pour remédier à la crise. L’ensemble est à disposition de toutes les personnes de bonne volonté.

Suivant un schéma thérapeutique, établissant le diagnostic avant d’appliquer ensuite le remède adéquat, les personnes présentes au forum d’Avalon ont considéré 1) la crise, 2) l’origine de la crise, 3) la cessation de la crise, 4) la voie vers la cessation de la crise. »

La suite en cliquant sur ce lien.

En cadeau, une belle citation de Khalil Gibran évoquée dans le cadre de ces rencontres :
« Le travail, c’est l’amour rendu visible ».
C’est beau, n’est-ce pas ? C’est à méditer…

Fukushima et la CRIIRAD : le Yi King m’a dit

Hexagramme 55 du Yi KingCertes ça fait un peu « allumé » comme titre mais l’air (vicié) du temps met le feu aux poudres et vu la conjoncture brûlante, tous les moyens sont bons pour essayer d’y voir clair. Du feu qui éclaire au feu qui réchauffe, du feu qui sépare à celui qui réunit, finalement il nous manque surtout encore un peu de feu sacré pour éviter l’épaississement du feu non maîtrisé décrit dans l’hexagramme 55, nommé « L’Abondance » – on voit où la recherche du « toujours plus » nous mène.

Avant-propos. Je voudrais dire combien je me sens désolée de la situation mondiale actuelle ; désolée comme une terre qui manque de l’eau de vie. Je me sens impuissante et la colère ne change rien. Participer, à ma mesure, à une tentative (que j’espère et je sais malgré tout collective) d’élévation du niveau de conscience général me semble parfois bien naïf comme réponse aux hoquets d’un monde qui meurt. Mais essayons tout de même. Comme dit le Colibri :  « Je fais ma part » – aussi modeste soit-elle, ou en tout cas j’essaie.

Du pain et du miso. On nous a annoncé l’imminence possible d’un incident nucléaire grave il y a quelques semaines. Tout le monde s’est précipité dans les magasins bio pour les dévaliser – plus un seul pot de miso disponible dans les centrales d’achat, cela prêterait à rire si la situation n’était aussi dramatique (au moins on ne dira plus aux végétariens qu’ils passent leur temps à brouter de l’herbe, enfin, faut voir). Et puis passé le coup de feu médiatique, un silence angoissant a commencé à peser sur cette affaire. Même la CRIIRAD s’est montrée silencieuse : plus guère d’informations, après quelques relevés pourtant alarmants effectués en Rhône-Alpes. Entre-temps, les médias occupent le public avec quelques histoires savoureuses de sexe et d’argent – « Donnez au peuple du pain et des jeux », aurait rapporté l’auteur latin satirique Juvénal. Et soudain, c’est comme si ça devenait décidément trop gros pour qu’on puisse garder encore le couvercle posé sur cette cocotte dont la pression n’arrête pas de monter.

L’ombre du doute. J’ai tendance à considérer la CRIIRAD comme un organisme fiable, au service du public. Ces derniers jours, face à la gravité des nouvelles (pas bonnes) qu’on consent enfin à nous distiller à nouveau, à doses que je crains homéopathiques, je me suis posé la question de l’intégrité de cette structure. J’interroge rarement le Yi King pour des questions qui ne concernent pas directement et personnellement le consultant ; mais cette situation (et sa gravité) nous concerne tous, s’agissant de l’air, de l’eau et des aliments que nous ingérons. Alors j’ai posé la question suivante :

« Est-ce que la CRIIRAD communique au public toutes les informations dont elle dispose au sujet de la contamination nucléaire en France suite à l’incident de Fukushima ? » (jeudi 26 mai 2011)

51-16J’obtiens l’hexagramme 51, « L’Éveilleur » ou « Ébranler » en hexagramme de situation, avec le premier trait mutant, ce qui donne en hexagramme de perspective le 16, « S’enthousiasmer » ou « Maîtriser son enthousiasme ».

J’analyse cette situation en m’appuyant sur la signification des traits Yin et Yang et de leurs transformations, avec comme support textuel principal  la traduction de Cyrille Javary.

Les remarques qui suivent constituent une extraction personnelle qui n’engage que moi et ne prétend pas avoir une quelconque valeur d’affirmation. L’intuition participe de mon interprétation et je l’assume – je reviendrai une autre fois sur le déplacement du regard et du discernement que le Yi King nous aide à opérer.

Premières impressions et lecture psychologique. Un coup de tonnerre qui fait peur ? Ont-ils peur de trop ébranler les esprits s’ils décrivent la réalité de la situation, et qu’il devienne impossible de maîtriser la panique ambiante ? On n’en est qu’au début et déjà c’est l’épouvante face à une catastrophe (nucléaire, mondiale, dramatique du point de vue écologique, sans solution connue) dont l’idée même est tellement insupportable qu’elle risque de nous rendre fous.

Lecture tellurique ou géobiologique. Du fond de la terre ont à peine commencé à remonter des forces jusque là endormies. On a dérangé quelque chose de profond dans l’ordre naturel du monde (par l’usage inconscient des technologies et l’exploitation abusive des ressources).

Situation énergétique globale. Quand un coup de tonnerre nous secoue assez pour nous déstabiliser et nous sortir de notre vie tranquille, le Yi King conseille de profiter de la mise en mouvement suscitée, même si elle est brutale, pour se réveiller (dans le sens aussi d’un éveil des consciences endormies) ; passer à l’action pour préparer les conditions d’un renouveau. Mais le choc est ici tellement fort qu’il est particulièrement difficile de trouver un point de référence stable (un appui solide, au propre comme au figuré, puisque le choc se manifeste au niveau de la terre, affectant nos racines et ce sur quoi notre vie se fonde) pour sortir du chaos et commencer à travailler à un ordre nouveau. Pourtant tout est à faire et la décomposition ne fait que commencer.

Lecture prospective et conseils sur l’attitude à adopter. Si on met à profit l’énergie de ce réveil brutal pour se mettre au travail, alors tout n’est peut-être pas perdu mais il va falloir du cœur à l’ouvrage et ne pas se laisser abattre. Un renouveau est possible si on arrive à déjouer l’accablement provoqué par le choc initial et à ne céder ni à la panique ni à la folie.

Il s’agit maintenant de réparer une situation qu’on a laissé se dégrader jusqu’à aller à l’encontre des lois de la nature. Il est possible que d’autres séismes se préparent, et que les autorités (ou ceux qui le savent) ne sachent pas à quel saint se vouer, parce que rien, dans l’organisation de notre monde technologique et industriel, n’a été pensé pour parer à une telle situation. On a fermé les yeux sur certains risques et maintenant le choc nous oblige à les ouvrir.

La touche d’espoir. Au cœur de l’hexagramme 51, il y a l’hexagramme 39, « Obstacle » ou « Obstruction » : une résistance interne, quelque chose qui ralentit malgré tout le processus qui crée les conditions de la catastrophe (qui, elle, se manifeste de manière brutale et sans prévenir). Cela donne un tout petit peu de temps et doit inciter à profiter de la secousse pour se mettre en mouvement sans attendre afin de créer les conditions d’un renouveau. On ne sait pas si celui-ci est possible mais du point de vue de la structure du Yi King, l’hexagramme 51 amorce un cycle nouveau, juste après la transmutation de la matière suggérée par l’hexagramme 50. Nous vivons dans un monde mutant, mais dans quel sens opère ou s’opère cette mutation à travers nous ?

L’avertissement. L’hexagramme opposé au 51 est le 57, « Modeler » ou « Convaincre par la douceur ». Ici la douceur et la répétition lente d’actions petites n’est pas efficace. On ne peut plus habiller les événements d’un flou artistique (ou communicationnel) qui les rende acceptables. C’est peut-être pour cela que la communication a été bloquée pendant quelques semaines : comment formuler l’inacceptable, comment supporter l’insupportable ?

La synthèse, en réponse à la question posée. Le tirage suggère que les intentions de la CRIIRAD sont honnêtes mais que l’organisme se serait trouvé dans une situation qui dépasse ses possibilités de communication et d’action. Le tirage ne parle pas d’influences liées à un pouvoir abusif (type censure) ; il évoque plutôt l’impuissance et l’incapacité à dire quelque chose qui va fatalement avoir des répercussions importantes et radicales. La structure elle-même doit se réorganiser et trouver de nouveaux moyens de communiquer et de mener son action, dans ces circonstances exceptionnelles. La réponse du Yi King concerne probablement aussi chacun de nous : nous ne devons pas céder à la panique, et laisser la peur altérer notre jugement quand les informations tardent à nous parvenir.

Post scriptum. Au moment de publier cette note, je fais le tour des derniers liens que j’ai reçus à propos de ces événements. Je parcours notamment un dossier publié par la CRIIRAD à propos des risques dus à la contamination de la France par les rejets de la centrale de Fukushima Daiichi et j’y lis ceci, qui me semble aller dans le sens de mon interprétation :

« La CRIIRAD a reçu plusieurs milliers de demandes concernant l’impact de l’arrivée sur la France des masses d’air contaminé : quels sont les risques pour ma santé ? Pour mes enfants ? Pour l’enfant que je porte ? Faut-il se protéger ? Si oui, comment ? Le texte ci-dessous constitue un premier élément de réponse. Il sera progressivement enrichi et amélioré.
Nous espérons pouvoir le présenter prochainement sous forme de « foire aux questions ». La charge de travail est telle que notre petite équipe a du mal à avancer autant qu’il le faudrait sur les différents volets du dossier : prélèvement et analyses d’échantillons venus de France et du Japon, recensement et étude des données disponibles, rédaction des documents d’information, réponse aux appels, aux courriels et aux demandes d’interviews, etc.). Il faut savoir qu’avant le déclenchement de la crise, la CRIIRAD était déjà en situation difficile du fait du décalage entre ses moyens et l’importance des dossiers qu’elle traite. »

Se réveiller. A quoi sert ce développement psycho-énergético-philosophique ? Je suis convaincue, parce que je l’expérimente dans ma vie depuis plusieurs années, que le Yi King peut nous aider à penser autrement et nous accompagner sur le chemin du changement. Partager ma réflexion est pour moi un moyen de contribuer, avec les moyens dont je dispose, à l’évolution de la pensée, et donc à la transformation du monde. J’entends d’ici le tatou exaspéré : « ‘‘Colibri ! Tu n’es pas fou ? Tu crois que c’est avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ?’’ ‘‘Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part.’’ »

Rencontre avec un homme remarquable ou Comment déjouer l’obstacle sur le chemin du changement

Aujourd’hui, j’ai eu la chance incroyable de rencontrer Pierre Rabhi. Il faut voir la lumière dans les yeux de cet homme, la simplicité de sa présence, la justesse de ses mots ; et le rayonnement indicible de son cœur, à en pleurer de gratitude. J’ai assisté à une interview qu’il accordait au journal Soleil Levant. J’ai écouté avec attention, trop émue du reste pour avoir envie de dire quoi que ce soit. Aujourd’hui, j’ai rencontré un homme véritable.

Oscar Wilde a dit que « Le progrès n’est que l’accomplissement des utopies ». Sans le rêve originel qui permet d’oser une idée nouvelle, aucune évolution n’adviendrait jamais. Or la société dans laquelle nous vivons a tôt fait d’étiqueter marginaux et inadaptés tous ceux, hommes et femmes, qui disent leur rêve d’un monde meilleur, leur désir de vivre autrement que sur le mode diabolique du produire-consommer-mourir. L’utopie ne fait pas vivre son homme – ni sa femme. Certes la vraie richesse est, comme la beauté, intérieure – mais à l’extérieur, le philosophe crève la dalle. Soit. Pierre Rabhi propose des solutions pratiques pour faire manger les pauvres et les idéalistes ; on peut avoir à peiner un peu pour cela – mais si la liberté est à ce prix…

Pierre Rabhi n’hésite pas à affirmer ses utopies et ses craintes pour la planète, sans complaisance, sans affectation, sans cruauté non plus, avec une bonté infinie, et un espoir fou qui nous contamine parce qu’il prend appui sur des actions concrètes. « Ton véritable devoir est de sauver ton rêve », a dit Giacometti. Pierre Rabhi incarne ses rêves jour après jour. Dans sa propre vie d’abord, puis par des projets dont il est l’initiateur, tels le mouvement des Colibris ou Terre et Humanisme, il témoigne avec clarté qu’il est possible de mettre sa vie en cohérence avec ses idées et ses désirs profonds. Je pense ici, une fois de plus,  à l’hexagramme 45, « Le Rassemblement », dans la traduction de Thomas Cleary, dont voici un extrait :

Hexagramme 45, le Rassemblement«Il importe d’avancer pas à pas sur le terrain de la réalité avant de pouvoir la parfaire. Connaître sans agir, c’est méconnaître – qui pourrait alors parvenir à la fortune ? « Trouver une direction est bénéfique », dit le texte. La seule valeur de la connaissance réside dans son application.»

Certains propos de Pierre Rabhi résonnent étrangement avec mes études et questionnements des dernières semaines. Cela me remplit toujours d’une forme d’émerveillement sacré de voir combien la vie nous envoie des réponses parfois étonnamment claires et directes à nos questions, au travers de situations du présent qui déjouent notre soif de résultats en se faisant passer pour anodines. J’y vois un exemple de la manière dont se manifestent les synchronicités et coïncidences suscitées par la pratique du Yi King (que je considère dans ce sens comme un art énergétique au même titre que certaines pratiques corporelles). Il ne s’agit pas de voir des signes partout, mais d’être (fondamentalement) ouvert au foisonnement de potentiels que la vie nous sert chaque jour sur un plateau ; le Yi King nous aide à nous défaire de nos œillères et à développer l’ensemble de nos perceptions, pour une meilleure com-préhension (littéralement : prendre en soi) de notre environnement.

Hexagramme 39, L'Obstacle ou ObstructionAinsi, au cours des dernières semaines, j’ai buté à plusieurs reprises sur l’hexagramme 39, généralement nommé « L’Obstacle » ou « Obstruction », qui parle d’une difficulté (réelle, mais à laquelle on accorde peut-être trop d’importance) à voir mais surtout à avancer (par opposition à « L’Opposition », hexagramme 38, qui parle d’une difficulté à voir et d’une tension entre l’intérieur et l’extérieur qu’il s’agit de résoudre). La stratégie préconisée dans les textes de l’hexagramme 39 consiste d’une part à élever son point de vue et d’autre part à effectuer un mouvement d’intériorisation et d’introspection pour commencer par favoriser la dissolution de la partie de l’obstacle, souvent bien plus importante qu’on ne le croit, qui se trouve en nous-mêmes. Se remettre en question personnellement, sincèrement et en profondeur, va permettre d’ouvrir de nouvelles possibilités dans une situation qui semble complètement bloquée. Je dois avouer que cet hexagramme 39 correspond assez exactement à ce que je ressens quand je considère l’état actuel du monde, tant du point de vue de l’écologie que du niveau général de conscience, et que cela me rend parfois très pessimiste sur mon propre devenir, que je vois intimement lié à ma vision du monde.

Comme en écho à cet hexagramme 39, j’entends ce jour Pierre Rabhi affirmer : « L’être humain est son propre obstacle ». Il y a en chacun de nous des éléments archaïques que nous n’avons pas dépassés et qui nous empêchent d’évoluer. Si nous voulons changer cette société, il faudra impérativement que nous commencions par changer en tant qu’individus, sinon aucun changement réel ne pourra se faire.

Un des obstacles majeurs réside dans la vision fragmentaire, de la planète autant que des hommes, qui est « enseignée » à l’enfant dès son plus jeune âge et aggravée par l’imagerie issue des technologies de pointe. Or si on considère la planète d’un point de vue global, il n’y a au départ « rien qui soit contre rien ;  c’est une globalité une et indivisible. » Les éléments qui composent le monde  sont interdépendants, indissociables. Si on les dissocie, cela génère une fragmentation préjudiciable à l’ordre global. Les humains ont fragmenté ce qui n’était pas fragmentable, gouvernés par un « tribalisme sécuritaire » qui pousse chaque groupuscule à se réfugier derrière ses frontières, parce que chacun cherche sa sécurité. La peur gouverne le monde et empêche l’individu d’avancer ; la structure de l’hexagramme 39 pourrait être lue ainsi, du point de vue des trigrammes, puisque le trigramme de la montagne, suggérant l’idée d’une immobilisation, y est associé au trigramme de l’eau, qui en énergétique chinoise représente ce qui structure mais aussi ce qui sépare, en soi et hors de soi, et toutes nos peurs conscientes ou inconscientes, notamment celles liées à la construction de la personnalité, qui dans ses aspects négatifs évoque les problématiques de l’ego. C’est notre peur profonde qui est à l’origine du principe de fragmentation et qui sert d’alibi à tout ce qui est négatif, sous prétexte d’apporter de la sécurité (exemple : pourquoi fabrique-t-on des armes ?). D’où l’importance, pour Pierre Rabhi (et je partage largement ce point de vue), des actions auprès des enfants, qu’il faudrait éduquer à l’unité et à la complémentarité, et pas à l’opposition et à la peur.

Taijitu, symbole du Taï Chi ou du Yin YangLe Yi King (et tout ce qu’on regroupe sous l’appellation « philosophie du Tao » ou « philosophie du Yin Yang ») décrit les fluctuations entre des polarités opposées. Cette transformation permanente du Yin au Yang et du Yang au Yin est présente comme une pulsation universelle dans notre monde de dualité. Quand on parle de vrais ou faux couples Yin Yang, comme le fait Thomas Cleary dans son introduction au Yi King de Lieou-Yi Ming, on entend en général établir une distinction entre la dualité, qui correspondrait à une loi naturelle du vivant, et le dualisme, qui serait une forme d’enkystement auquel l’esprit analytique occidental serait condamné depuis Descartes (en gros). On peut toujours débattre sur les rapports entre dualité et dualisme ; toujours est-il que je rejoins Pierre Rabhi quand il dit que notre vision reste divisée et que nous vivons dans un système dualiste entretenu comme tel par une vision globale de la planète qui permet que l’on puisse considérer une minorité comme inférieure par rapport à une autre – par exemple, l’infériorité implicite de la femme par rapport à l’homme, fait accepté par l’inconscient collectif depuis la nuit des temps, et auquel il faudra bien que nous, hommes et femmes de tous les pays, arrivions massivement à faire un sort un jour.

Dualité ou dualisme, fragmentation, division s’opposent à « l’unité absolue du genre humain » (je reviens à mes notes). Pourquoi sommes-nous tant divisés ? Il faudrait commencer par donner aux enfants une éducation et une perception de leur spécificité qui ne soit pas teintée de la notion d’opposition. Actuellement, « moi-même je suis divisé en moi, dit Pierre Rabhi. Je suis dans mes dualités intérieures, je suis un champ de bataille. » Et aussi : « Si nous ne travaillons pas à l’unité de nous-mêmes, comment pourrons-nous travailler à l’unité dans le monde ? » Et encore : « Le premier chantier, c’est moi. »

Le reste de mes notes concerne notamment les actions concrètes entreprises par Pierre Rabhi au travers des différents projets qu’il a initiés et de la « campagne sans candidat » qui va être menée par les Colibris parallèlement aux présidentielles. Le journal Soleil Levant expliquera ces choses bien mieux que je ne saurais le faire, dans un article qui paraîtra dans le numéro de juin 2011. Je terminerai donc ce memento personnel sur cette phrase de Pierre Rabhi qui remplit de joie mon âme d’artiste et mon cœur de femme :

« L’écologie doit réintroduire l’émerveillement. La politique ne parle jamais de la beauté. Je ne me bats pas seulement parce que l’arbre est vivant, mais parce qu’il est beau. »

Toute ma gratitude à Pierre Rabhi pour m’avoir montré qu’il est possible d’avoir une conscience aiguë de la beauté et de la maladie du monde et pourtant, de vivre. Merci.

Tout ma gratitude aussi à Jacques Durand, du journal Soleil Levant, pour m’avoir permis de vivre l’expérience de cette rencontre, à un moment de mon parcours où chaque événement peut être déterminant. Merci.

Le brûle-parfum ou tentative de lecture énergétique d’un objet

Brûle-parfumUn ami m’a offert un brûle-parfum qui vient de trouver sa place – provisoire, il va de soi. En cherchant à arranger la composition décorative à laquelle il contribue, j’observai que les cinq éléments étaient presque réunis en lui :

Les 5 éléments (énergétique chinoise)Le feu, évidemment (la bougie).

Le métal : l’arceau métallique.

La terre : les petits cailloux et la céramique de la coupelle supérieure.

L’eau, contenue dans la coupelle.

Il ne manquait vraiment que le bois et au départ je ne l’ai pas trouvé. Et puis en réfléchissant, je me suis dit que le genre de parfum utilisé ici, par sa nature (huiles essentielles extraites de végétaux), correspondait à l’élément bois.

Chacun des 5 éléments est ainsi représenté au niveau formel (on serait donc dans un système de comparaison, selon la distinction proposée précédemment qui associe les similitudes de forme à la comparaison, de symbole à la métaphore, et de sens à l’analogie). Je ne savais trop quel élément attribuer à la pierre synthétique, sorte de résine, du support principal. Finalement, s’agissant d’un objet manufacturé, produit de l’industrie des hommes, on peut l’associer à leur travail (élément terre) mais aussi à leur créativité (élément bois).

Curieusement, au moment de prendre la photo qui illustre cet article, une fois que j’eus décidé de l’écrire, ce qui m’a semblé le plus heureux pour servir de fond à l’objet (et donc à l’image) fut un petit set de table en bambou (élément bois, comme si naturellement, la main trouvait ce qui est le plus adapté pour équilibrer la composition, certes au niveau visuel mais aussi au niveau énergétique).

Ouf. Le mental (celui du 6e élément, le feu de la terre)  se met sur pause.

Alors, dans ce silence relatif, en mettant en place l’objet, la figure d’un hexagramme apparaît : le feu sous une quantité limitée d’eau en train de s’évaporer (donc le trigramme de la brume ou du lac plutôt que de l’eau). Or « Le feu en bas, le lac en haut », il en a été question récemment : dans ce même article intitulé « Hexagrammes 48, 49, 50 : comment passer de l’eau au feu ? », la figure de l’hexagramme 49 (la Révolution, la Mue) est ainsi décrite et on y a associé l’image symbolique (par métaphore) du passage (entre l’eau et le feu) et, par extension, de l’âme, dans une vision tripartite de l’homme (corps, âme, esprit).

Poussant ma réflexion un peu plus loin, je m’interrogeai alors sur les prolongements sémantiques des différentes parties de cet objet, par-delà les correspondances de forme. Car si « l’utilité vient de l’être, l’usage vient du non-être » (cf. chapitre 11 du Tao Te King de notre hypothétique ami Lao Tseu) ; à l’inverse, m’interrogeant sur l’usage de l’objet, j’en suis venue à supposer d’autres associations possibles avec les 5 éléments, en particulier en ce qui concerne le métal, présent plus subtilement au travers de l’olfaction, sens qui lui est attribué ; présent aussi au travers du processus de passage de l’eau au feu (cf. une fois encore l’article sur les hexagrammes 48, 49, 50) ; car, si dans le modèle systémique des 5 éléments, c’est au niveau du feu (plus précisément entre le bois et le feu) que se fait le saut disons quantique qui permet à la spirale de la vie de s’élever, on peut se demander ce qu’il reste ici et de l’eau et du feu, une fois que la bougie s’est consumée, l’eau évaporée et le parfum avec. A priori : il reste de la terre et du métal, pour ce qui est de la forme – et finalement, sur un plan plus subtil aussi, car passé le plaisir olfactif (élément métal) lié à la combustion, il reste tout au plus, pour l’utilisateur, une forme de bien-être affectif (élément métal), éventuellement doublé d’une satisfaction décorative liée à la présence d’un joli objet (élément bois). Au niveau énergétique, l’objet semble donc renvoyer plutôt à une problématique Bois/Métal qu’à une dialectique Eau/Feu.

Pour aujourd’hui, donc, s’il s’agissait de rapprocher ce joli brûle parfum de la métaphore du passage, de l’âme, etc., on aura fait maigre récolte, car manifestement il ne reste pas grand chose de la transformation de cette eau et de ce feu : nulle transmutation de l’ancien au nouveau, et rien de neuf, que du consommable à renouveler sans autre horizon que sa disparition annoncée dès l’origine. Aucun changement en vue. On restera ici sur le terrain du jeu des seules comparaisons formelles (on aurait pu s’amuser aussi avec les formes circulaires de l’objet, leur orientation et leur imbrication), car la métaphore même ne semble pas nous mener bien loin. En conclusion, on pourrait dire que ce développement est un bon exemple de ce que la pensée analogique n’est pas ! et nous renvoie à nos classiques : peut-être bien qu’en effet « l’univers n’est qu’une idée et le monde entier un cheval » (cf. Tchouang Tseu).

Une piste (systémique) à explorer toutefois, une question qui concerne l’organisation des 5 éléments au travers des 64 hexagrammes du Yi King : comment l’élément métal y est-il représenté ? Mais comme l’écrit Michael Ende dans son Histoire sans fin : « Ceci est une autre histoire, qui sera contée une autre fois ».

***

A propos du feu : Art Antérieur propose un atelier d’expression artistique (approche gestuelle et interne du dessin dans le cadre du projet Art et Mouvement – Dessin) sur le thème « Le feu qui éclaire », samedi 15 janvier 2011 de 14h30 à 18h à Avignon. Plus d’infos sur ce lien.

***

Enfin, en guise d’étrennes, un rappel d’orthographe (la forme étant en résonance avec le fond, soignons-la !) : on écrit « un brûle parfum » avec ou sans trait d’union, et au pluriel seul « parfum » prend un « s », le premier terme résultant d’un verbe substantivé. Bonne année !

Je ne sais pas quoi vous souhaiter, car il me semble que tout est là quand, nos bavardages capitulent. Chaque geste est alors l'esquisse d'un pas de danse, le premier mouvement d'un tableau ; et les mots sont fleurs du silence. Retour au temps intérieur.