Archives de catégorie : Yi King et énergétique

Stage Yi King du 15 mars 2015 à Avignon :
Observation et connaissance de soi avec le Yi King

Le Yi King : un système en mouvement(s)

Un hexagramme est comme un arrêt sur image : il s’agit certes d’une figure puisque composée de traits a priori immobiles, mais cette immobilité n’est qu’apparente car l’hexagramme est un mouvement, l’instantané d’une transformation en cours qu’il (pré)figure et modélise (voir Dix mille transformations : un mouvement pour en lire un peu plus sur ce thème).

En remontant à la source des phénomènes, on observe qu’il en est de même des trigrammes, des 5 éléments, du Yin Yang…, autant de mouvements manifestant des modalités spécifiques de la grande pulsation universelle qui fait battre le cœur du monde ; autant de manifestations du changement potentiel, à travers les multiples formes que la vie pourrait emprunter pour amener la conscience à se connaître.

L’existence : une série d’expériences

L’existence est ainsi un grand voyage sur le plan de la dualité – plan de la manifestation, ou Ciel Postérieur, en langage Yi King. Le Yi King est en quelque sorte une mappemonde, une sorte de fil d’Ariane qui nous indique où l’on en est, et les chemins qui pourraient s’ouvrir. Il peut aussi nous aider à mieux comprendre notre fonctionnement en tant que personnalité incarnée.

L’étude de nos propres modes opératoires (tendances naturelles ou automatiques, forces, faiblesses, besoins, etc.), la compréhension de l’assemblage spécifique de la « machine humaine » qui est notre véhicule ici-bas, peut nous apporter une certaine paix et nous aider à mieux comprendre les problématiques de base qui sous-tendent nos expériences de vie, nous aidant ainsi à nous positionner de manière plus juste et à prendre les décisions les plus à même de nous conduire au bien-être – pour que celui-ci soit l’objet de notre quête.

Comment est-ce que « je » fonctionne ?

Étudier sa propre nature au travers du Yi King, donc du principe Yin Yang, revient à explorer la qualité, c’est-à-dire les modalités d’expression de ce binôme à travers les multiples composantes de notre personnalité (physique, psychique, comportemental, etc.), plutôt qu’à considérer si l’on est « plus » ceci ou plus cela.

Pour arriver à (se) comprendre avec ce formidable outil qu’est le Yi King, il est nécessaire d’entrer un peu finement dans la diffraction du principe Yin Yang au travers des 5 éléments, des méridiens et organes, des trigrammes, des hexagrammes, des transformations… en déjouant, autant que possible, le piège de l’identification à un aspect unique dans lequel on croît se reconnaître totalement – alors que tout, dans ce monde de dualité, est par nature partiel.

Un stage avec des pistes de travail (et de jeu) « à la carte »

Ce stage est une occasion pas si commune d’explorer votre propre « tempérament de base »  selon les grilles de lecture de l’énergétique chinoise et d’aller à la rencontre de votre « vraie nature », en étant porté par l’énergie d’un groupe et au travers d’échanges enrichissants avec des personnes dynamiques, engagées et sympathiques.

Nous commencerons par récapituler quelques principes fondamentaux. Nous proposerons plusieurs points d’entrée dans cette approche particulière du Yi King (en réalité, le champ couvert par cette notion cognitive est très vaste et multiple ; il pourrait en lui-même faire l’objet de plusieurs stages).

On pourra par exemple chercher à établir des liens entre l’histoire individuelle, le corps, la personnalité et les 5 éléments, les trigrammes, les hexagrammes. On pourra aussi décrypter l’histoire qui se raconte à partir de notre hexagramme de naissance et s’ouvrir un chemin à travers les poupées russes ainsi déployées.

Le travail par ateliers, en petits groupes, permettra à chacun de suivre le fil qui l’intéresse plus particulièrement. Un dispositif créatif et ludique original sera proposé pour diriger le questionnement et apprendre en s’amusant.

Les mises en commun seront l’occasion d’approfondir certaines pistes et d’apporter des éléments théoriques complémentaires. Je serai évidemment à votre service, comme à chaque stage, pour répondre à vos questions, s’il me semble avoir une réponse ou une hypothèse valable à soumettre à votre analyse.

Pour en savoir plus

> Voir la présentation générale des stages sur ce lien.

> Télécharger la plaquette de présentation des stages Yi King et Énergétique chinoise appliquée

> Télécharger le bulletin d’inscription

Info pratiques

Horaires : Dimanche 15 mars 2015 de 9h30 à 17h (pause déjeuner d’1 heure 1/2 environ).

Lieu : sur Avignon ou proches environs, sera précisé à l’inscription (covoiturage possible au départ d’Avignon).

Inscription souhaitée dès que possible (voir bulletin d’inscription à télécharger). L’organisation de ce stage demande une préparation spécifique. Je vous saurai donc gré de vous inscrire (ou de confirmer votre présence) le plus tôt possible.

Ce stage est couplé sur le week end avec un stage Qi Tempo, taï chi adapté, qi gong et pratiques énergétiques de saison qui a lieu samedi 14 mars (plus d’info sur http://qi-tempo.com/?p=3363).
Vous pouvez suivre suivre les deux jours ou seulement le samedi ou le dimanche.
Vous pouvez participer à ce stage même si vous n’avez pas suivi les stages précédents.

Pour toute question, contactez-moi.

Dualité, trinité – vers un état d’unité ?

Dans la suite des Trois grandes lois de l’univers, voici encore un petit mémo des « règles de trois ». On retrouve souvent, dans les philosophies de tous bords, des idées qui vont par trois, et aussi l’idée d’un troisième terme qui permettrait de réaliser l’unité au travers de – et par-delà – l’expérience de la dualité.

La loi de 3 de Gurdjieff

Face à une difficulté, on  le choix entre trois attitudes, décrites en faisant référence à l’immersion dans une rivière aux courants contraires :

  1. Se laisser emporter par le courant (c’est-à-dire réagir avec des comportements automatiques, conditionnés par notre histoire de vie : découragement, colère, culpabilité, « tout va bien », etc.).
  2. Lutter contre le courant (se battre contre l’expérience, la refuser, résister…).
  3. Négocier et jouer avec les courants (solution préconisée par l’auteur, basée sur un travail d’observation de soi qui permet de voir la tendance automatique et ne pas y plonger aveuglément, accepter le fait d’être parfois le jouet de ses tendances égotiques, etc.).

Les 3 principes d’Anthony de Mello pour développer la conscience de soi

Dans son livre Quand la Conscience s’éveille, l’auteur préconise une méthode en trois points à appliquer pour développer la capacité d’appréhender les expériences avec la juste distance. Ce conseil est donné pour les situations désagréables comme pour les plus satisfaisantes. D’après l’auteur, selon la loi de la dualité, toute chose porte en elle son exact opposé ; ainsi, après avoir connu la liesse de s’être immergé dans une émotion agréable jusqu’à l’ivresse, il est probable que l’on ait à vivre aussi le pendant de cette émotion, qui risque d’être d’autant plus désagréable que la première expérience aura été délicieuse – c’est en quelque sorte la « gueule de bois » des émotions. Il n’y a là aucune considération morale, simplement un constat lié à l’observation des lois qui régissent le monde.

Le raisonnement préconisé par Anthony de Mello, à répéter « mille fois s’il le faut », consiste à :

  1. Identifier les sentiments négatifs.
  2. Comprendre que ces sentiments sont en soi et non dans le monde, dans la réalité extérieure.
  3. Ne pas voir ces sentiments négatifs comme une part essentielle de « je », car ces sentiments naissent et disparaissent (tout ce qui change n’est pas « Je » ou le Soi ou l’Esprit, qu’importe le nom qu’on lui donne ; « je » ne suis ni mon corps, ni mon mental, ni mes émotions, etc.).
  4. (en bonus) Comprendre que, lorsque l’on changera soi-même, tout changera autour de soi.

Dans l’enseignement de Saï Maa

Que faire des émotions négatives ?

  1. Reconnaître l’émotion (c’est-à-dire voir et nommer ce que l’on ressent : colère, tristesse, ressentiment, culpabilité, doute, jalousie, tristesse, etc.).
  2. L’accepter (prendre acte de ce qui est là, ne pas le rejeter, ne pas résister).
  3. L’accueillir (l’accepter assez intimement pour qu’il puisse se dissoudre).

Il est écrit dans l’hexagramme 45 du Yi King, « Le Rassemblement » (dans la traduction de Thomas Cleary), que « la seule valeur de la connaissance réside dans son application ». Mettre en application ces principes est un travail de longue haleine, qui nécessite une vigilance de chaque instant. Il s’agit aussi de ne pas se crisper sur le « vouloir changer », ce qui n’est pas non plus facile. Pour qui est en travail,  il n’y a nulle part où reposer sa tête.

Les trois grandes lois de l’univers

Le Yi King décrit la manière dont les situations sont susceptibles d’évoluer, à travers les flux énergétiques qui sous-tendent le monde. L’univers est modelé par l’énergie – en fait, tout est énergie. La pensée est énergie. L’homme est créateur : par nos actes, nos paroles et nos pensées, nous transformons l’énergie et nous créons des champs de potentialités. Le fait est que la plupart du temps, nous n’en sommes pas conscients – et le résultat, c’est-à-dire notre environnement et les événements de notre existence, peut nous sembler fort peu satisfaisant.

Comment se fait-il que nous fassions si mauvais usage de notre force de création et de changement ? Peut-être parce que nous ne sommes pas conscients des lois selon lesquelles l’univers fonctionne. Rappelons ce grand classique :

  • La loi de résonance : une chose attire ce qui lui ressemble. Ex. : La tristesse attire la tristesse, le plaisir attire le plaisir.
  • La loi d’attention : on attire ce sur quoi se porte notre attention. L’attention même que l’on porte à un problème est l’énergie qui le nourrit. La sagesse serait de concentrer notre attention sur la solution, ou sur la partie positive de la situation, ou simplement sur la situation vitale présente (il est dit dans le Yi King que « tout ce qui va au-delà de la situation vitale présente ne fait que blesser le cœur »).
  • La loi d’attraction : on attire ce que l’on désire – et ce dont on a peur. Reconnaître sa peur, comme ses désirs, est un bon début, car, comme l’a dit Jung, « les choses du monde intérieur nous influencent d’autant plus puissamment qu’elles sont inconscientes ».

La signification des traits (première partie)

Je partage ici, à toutes fins utiles, ce que j’ai répondu à une personne qui me demandait récemment quelle était la signification des différents traits dans la structure de l’hexagramme. Je trouve plus simple et surtout plus juste d’aborder ce sujet à l’oral, parce que cela permet d’éviter un certain manichéisme (ou une simplification excessive) dans la manière de présenter les choses.

En gros et en bref, on peut toutefois dire que :

Il y a plusieurs grilles de lecture possibles pour la signification des traits. Celle à laquelle il est le plus couramment fait référence dit que :
– le premier trait correspond à l’entrée dans la situation (on n’y est pas encore tout à fait) ;
– 2e = le Préfet (i fait appliquer les décisions du souverain dans les provinces > action concrète et discrète) ;
– 3e = le passage (souvent, LA difficulté à résoudre) ;
– 4e = le Ministre (il est en lien direct avec le Souverain, qui le commande) ;
– 5e = le Souverain (place de la  maîtrise de la situation, de la décision) ;
– 6e = sortie de la situation (on n’y est plus vraiment).

Et comme les traits 1 et 6 ne sont pas tout à fait dans la situation, c’est avec les 4 traits centraux que se construit l’hexagramme « nucléaire », qui donne la quintessence de la situation. Voilà pour l’essentiel d’une grille de base qui permet d’entrer dans la lecture énergétique des transformations des hexagrammes.

Le ciel antérieur : construction mentale politiquement correcte ou temps zéro du processus d’élaboration de l’être ?

Yin Yang : trait mutant (hexagramme 35)Les trigrammes sont des figures composées de trois traits de polarité Yin ou Yang. Ils sont au nombre de huit, correspondant aux huit « forces » à l’œuvre dans la nature. Force est ici à prendre au sens de mouvement énergétique ; les unités sémantiques du modèle systémique chinois, que notre esprit occidental a tendance à figer en figures immuables, signifient en réalité des mouvements, des passages ; cela est valable pour les cinq éléments, pour les hexagrammes, pour les trigrammes (cf. « Dix mille transformations : un mouvement »). Le terme même de trigramme (comme celui d’hexagramme) n’a aucune origine chinoise : il s’agit d’un néologisme inventé par les premiers traducteurs du Yi King il  y a moins de trois cents ans (cf. Le Discours de la tortue, Cyrille Javary, éd. Albin Michel, 2003,  p. 342). Le terme chinois pour désigner ces figures est pakoua et parfois koua, soit le même terme qui sert à désigner les figures à six traits que nous nommons hexagrammes.

Les trigrammes sont souvent représentés en cercle. Cette représentation est familière à un vaste public parce qu’elle est largement utilisée pour communiquer sur toutes les « chinoiseries », en particulier le Feng Shui et les arts martiaux, quelquefois avec un romantisme orientalisant approximatif  complété à l’occasion d’un petit supplément d’erreur (tel qu’une orientation incorrecte des « poissons » dans la représentation du Taijitu, ce symbole du Yin Yang dont l’origine est aussi controversée mais qui du point de vue énergétique prend un sens  justifiant qu’on le représente « à l’endroit », cf. dessin au centre du cercle des trigrammes dans l’ordre du ciel postérieur ci-dessous, figure de droite).   Il y a en réalité deux dispositions « traditionnelles », deux façons d’organiser les pakouas sur ce qu’on appelle aussi la roue des trigrammes, présentées sur la figure ci-dessous.

Représentation des trigrammes en cercle dans l'ordre dit du ciel antérieur et dans l'ordre dit du ciel postérieur

L’ordre dit du ciel antérieur est attribué au mythique Fu Xi, celui dit du ciel postérieur au roi Wen, ou « roi Écriture », à qui est attribuée aussi la création de la plus grande part des hexagrammes, dont il aurait élaboré les textes au cours des dix ans de sa captivité. La distinction qui est faite entre « ciel antérieur » et « ciel postérieur » est arbitraire dans ces représentations, car ces dénominations ont été décidées par le réformateur Zhu Xi (1130-1200), lettré de la période des Song, pour des raisons essentiellement politiques (cf. Le Discours de la tortue, Cyrille Javary, chapitre 13 p. 323 et suivantes, chapitre 21 p.516 et suivantes) ; en réalité, la représentation des trigrammes dans l’ordre dit du ciel postérieur semble préexister historiquement à celle dite du ciel antérieur.

Anamorphose à miroir (Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Anamorphose)Dans la « logique » chinoise que nous cherchons à pénétrer, la forme est supposée être  toujours en adéquation avec le fond. Cela nous incite à reconsidérer le concept de représentation tel qu’il a été développé en Occident depuis la Renaissance jusqu’à devenir un paradigme que l’avènement du virtuel, « manifesté » si l’on peut dire par les technologies numériques et les réseaux mondiaux, remet en question depuis quelques décennies à peine, dans un contexte d’accélération temporelle (le rapport entre virtuel, réel et réalité, ainsi que la déconstruction de la représentation du monde par les technologies contemporaines posent des questions intéressantes et peuvent mener à des points de vue vertigineux quand on les rapproche des notions d’espaces-temps, d’imbrication quantique et d’organisation fractale ou hologrammique du modèle systémique décrit par le Yi King). Plus simplement, imaginons que la représentation, ici, ne diffère pas fondamentalement de la présentation : la manière de présenter les choses est susceptible de modifier radicalement leur signification propre ; c’est précisément la relation entre intérieur et extérieur qui est en jeu (enjeu), ce qui n’est pas sans rappeler la qualité de présence recherchée dans les arts internes comme le Taï Chi ou le Qi Gong (cela est difficile à expliquer en quelques mots à qui n’en a pas fait l’expérience par lui-même). Ainsi, sans chercher à fouiller dans les arcanes de l’histoire chinoise (Cyrille Javary l’a fait pour nous, cf. notamment Le Discours de la tortue), intéressons-nous aux conséquences ou plutôt aux implications (puisqu’il s’agit de simultanéité et non de succession chronologique) de ces deux organisations des trigrammes, du point de vue énergétique et psycho-énergétique.

Interface entre le ciel antérieur et le plan de la manifestation - Schéma d'après celui de Jacques Pialoux dans son livre "Le Diamant chauve"L’existence de deux schémas pose question quant aux extractions qui ont été faites en ce qui concerne l’énergétique et la psycho-énergétique. Le système décrit le processus de l’incarnation par un passage du non manifesté, représenté par le ciel antérieur (ou la notion de ciel antérieur) au manifesté, représenté par le ciel postérieur (ou la notion de ciel postérieur). J’ai participé pendant environ deux ans à un groupe de recherche qui étudie l’énergétique humaine en la rapprochant de la psycho-énergétique chinoise. La grille de lecture ouvre des perspectives intéressantes pour envisager le monde et comprendre la nature humaine. Je m’interroge toutefois sur quelques « incohérences » du point de vue de ma compréhension autant que de mon intuition (donc mon propos est à prendre comme un questionnement, même pas comme une hypothèse), du modèle proposé et me suis interrogée (je m’interroge toujours) sur le raisonnement ayant présidé à son élaboration. La plus grande part de cette extraction provient du travail de Jacques Pialoux, exposé dans Le Diamant chauve (1993 pour la première édition ; édition d’une version complétée en septembre 2009, éditeur Fondation Cornelius Celsus), travail complété par celui de son fils, Marc Xavier Pialoux, auteur d’un ouvrage intitulé Le Yi King thérapeutique : occuper l’espace, abolir le temps (références exactes : voir Bibliographie).

Bande de Moebius (Source : http://fr.academic.ru/dic.nsf/frwiki/178209)Mon interrogation première, issue d’une immersion régulière dans le Yi King, portait sur les correspondances entre les trigrammes et les Merveilleux Vaisseaux, c’est-à-dire les « super-méridiens » du système d’acupuncture (et les fonctions psycho-énergétiques associées) ; en ce qui concerne certains trigrammes, cette correspondance reste de mon point de vue arbitraire (j’insiste sur le fait que le ressenti que j’en ai est plus important que mon érudition en la matière et que je ne prétends aucunement remettre en cause ce qui a été énoncé par les auteurs, dont j’ai une connaissance et une compréhension trop partielles à ce jour pour m’en permettre une critique un tant soit peu objective). C’était comme s’il y avait pour moi un trou dans le système, une faille dans un ensemble cohérent, qui mettrait en péril le sens du « programme » dans son entier. Une précision importante : l’ensemble du référentiel ne semble fonctionner que sur la base de l’ordre du ciel antérieur, ce qui paraît cohérent par rapport à une vision tripartite de l’homme (corps – âme – esprit) et à la loi de subordination de la matière à l’esprit ; si on veut soigner ou agir au-delà du symptôme, il faut remonter à la source du désordre, avant sa manifestation, en quelque sorte (avec toutes les questions que cela pose par rapport au temps : antériorité ou simultanéité ?) et par rapport à notre capacité réelle de nous relier à ce qui par nature est caché (pouvons-nous avoir accès consciemment à notre propre ciel antérieur, c’est-à-dire à la manière dont les énergies fondamentales sont organisées en nous pour créer spécifiquement ce que nous sommes ? et à celui d’un autre ?). Le rapprochement entre ce ciel antérieur et celui qui est supposé être décrit dans la disposition des trigrammes attribuée à Fu Xi laisse par ailleurs perplexe quant à ce qui correspondrait aux attributions respectives de chacun des deux ciels (postérieur et antérieur) ; en effet, selon Cyrille Javary, « à Fu Xi [ordre du ciel antérieur – Ndlr], personnage symbolique, sera attribué tout ce qui est théorique et donc dans l’esprit chinois relativement secondaire, à Wen Wang [ordre du ciel postérieur – Ndlr], personnage de chair, sera attribué tout ce qui relève du pratique, du réel, de l’efficace » (op. cit., p. 345). La psycho-énergétique, pour n’être pas une science exacte (encore que cela pourrait faire débat) ou « dure », est-elle alors considérée comme abstraite ? Qu’en est-il du processus de création et de recréation de l’homme, dans la vision tripartite du référentiel ? En fin de compte, on retrouve ici une question qui rejoint celle de la présentation et de la représentation : qu’est-ce qui est réel ? qu’est-ce qui est abstrait ? Ces deux termes « réel » et « abstrait » forment-ils dans ce contexte un « vrai » couple Yin Yang (cf. introduction du Yi King de Thomas Cleary pour la notion de vrai ou faux Yin Yang, voir Bibliographie pour les références exactes), ou bien faut-il les considérer comme situés de chaque côté d’une frontière – laquelle ? Paradoxe inconfortable qui consiste à supposer une limite, donc une séparation, là où il est question de refaire en soi l’unité, puisque ce projet est bien inscrit en filigrane dans l’intention silencieuse de celui qui « s’intéresse » au ciel antérieur.

M’interrogeant sur ces questions, et résolue à ne pas attendre d’avoir procédé à une lecture systématique du Diamant chauve pour tenter d’affiner mon questionnement, non seulement en raison de sa complexité mais aussi parce que l’étude et la (tentative de mise en) pratique de l’énergétique vont pour moi de pair avec une décision d’apprivoiser le mental et de trouver d’autres chemins de connaissance et de compréhension que l’analyse intellectuelle ; et puis la lecture, la compréhension et l’intégration éventuelle d’un ouvrage aussi riche prend un certain temps, or je préfère ne pas différer ma réflexion, sachant que de toute façon il y aura toujours un nouveau livre à lire, un nouveau savoir à acquérir, qui pourrait éclairer le propos – l’intégrité serait bien illusoire, qui mènerait à la procrastination par ambition d’avoir fait le tour de la question ; je tentai d’observer ou plutôt de sentir par quelle « logique », même formelle, par quel mouvement il était possible de passer de la figure de  l’ordre du ciel antérieur à celle de l’ordre du ciel postérieur. Ici la question de l’adéquation de la forme au fond prend tout son sens, ainsi que la question du paradigme de la présentation / représentation évoqué plus haut ; car, étudiant les possibles articulations entre les deux représentations, je cherchais en réalité à comprendre le processus de passage du ciel antérieur au ciel postérieur, c’est-à-dire, en énergétique, le processus de la manifestation… Mon questionnement est essentiellement philosophique et je ne perds pas de vue que les ouvrages de Jacques et Marc X. Pialoux, pour enrichissants qu’ils soient, concernent plus spécifiquement des questions d’ordre thérapeutique qui dépassent le champ de mon expérimentation. Mon approche philosophique, littéraire, artistique et même énergétique peut supporter des approximations momentanées que la pratique de celui qui est supposé soigner ne pourrait évidemment tolérer.

Les soixante quatre hexagrammes du Yi King, une fois en cercle, une fois en carréLa méthode a porté ses fruits par le passé ; mon travail de graphiste, mes recherches artistiques et mon expérience pédagogique se nourrissent de ce qui est pour moi un postulat en toute matière : la forme est en résonance avec le fond, qu’elle révèle tout en contribuant à le faire exister. C’est pour moi en accord avec la loi de potentialisation / actualisation exprimée par la pulsation universelle Yin Yang, et en rapport, en deçà d’une lecture énergétique des phénomènes, avec un niveau vibratoire de la réalité du monde, que je pressens pour le moment plus que je ne le perçois. Mon aisance à manipuler les formes et les idées dans un sens et dans l’autre, pour lire et écrire du sens, m’a dès l’origine aidée à entrer dans le Yi King, que j’ai abordé d’abord par la version de Wilhelm (voir Bibliographie pour les références exactes) comme une matière poétique qui parlait davantage à l’inconscient (ou au subconscient) qu’à l’intellect. Or dans la situation que je cherchais à analyser au travers des deux cercles des trigrammes, il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond – c’est bien le comble, et au niveau de la forme et au niveau du fond, pour quelque chose qui est supposé nous parler du ciel (traditionnellement représenté par le cercle dans les représentations symboliques chinoises, la terre étant représentée par le carré).

Le Yi King thérapeutique de Marc X. Pialoux est épuisé et il n’est plus édité. J’ai eu la chance d’en trouver un exemplaire d’occasion au moment où je m’interrogeais sur ces questions. Entre les pages de ce livre était glissée une fiche bristol avec des schémas manuscrits, probablement tracés en guise d’aides-mémoire par le précédent propriétaire de l’ouvrage (je l’en remercie). Ces schémas, d’après les annotations sommaires, s’intéressent aux circulations entre les trigrammes, considérées du point de vue des quatre énergies de base. Ce n’est pas ici le sujet mais je l’évoque parce que les formes géométriques ainsi superposées aux cercles des pakouas m’ont fait entrevoir intuitivement un mouvement par lequel il était possible de passer, sinon d’un ciel à l’autre (antérieur < > postérieur), du moins d’un plan à l’autre (non manifesté < > manifestation), processus décrit dans la figure du « diamant » par Jacques Pialoux (cf. dessin de la double pyramide plus haut). Yin Yang : transformer le mouvement à deux dans la poussée des mains du taï chi (tui shou)Abandonnant toute tentative de compréhension intellectuelle et m’en remettant à nouveau à l’intuition et à la pénétration de la forme, il m’apparut dès lors évident qu’il ne s’agissait pas d’aller d’un point A à un point B, mais d’un mouvement d’aller et de retour(nement), ou plutôt de va-et-vient, ou plutôt… de Yin Yang : ni début vraiment ni fin réelle, comme la transformation d’un mouvement à deux dans le Taï Chi. Le chemin le plus court (ou le plus efficace) n’est pas toujours la ligne droite ; il y a une multitude de chemins ; quant à l’objectif, n’est-ce pas le chemin lui-même ? On retrouve ici les grandes questions classiques de la philosophie en général et de celle du Tao en particulier. Mais envisager le lien entre le ciel antérieur et le ciel postérieur comme un mouvement d’alternance et de simultanéité comparable au principe Yin Yang n’est pas tout à fait satisfaisant dans la mesure où ces aller-retours successifs supposent une polarisation qui est à l’œuvre au cœur du vivant mais n’est pas censée concerner le plan du non manifesté (c’est-à-dire le ciel antérieur). Aussi profondément que l’on puisse aller dans le Yin, c’est toujours (et encore plus intensément) du Yin – donc du Yin Yang, donc de la dualité ; donc du manifesté ?

Mon questionnement aujourd’hui, résumé dans le titre de cet article, serait le suivant : dans quelle mesure peut-on s’appuyer sur les représentations organisées (circulaires ou autres) des trigrammes pour étudier le processus de création et de recréation de l’être au travers du passage entre le ciel antérieur et le ciel postérieur ? Celui qui fréquente le Yi King sait la puissance des paradoxes. Le fait que l’ordre dit du ciel antérieur soit historiquement ultérieur à l’ordre dit du ciel postérieur pose la question de la pertinence du modèle mais ne suffit pas à l’invalider. La longue histoire de l’élaboration du matériau même du Yi King est riche de ces paradoxes, hasards de la vie qui ont permis de rendre le présent plus fécond. Des pans entiers des déploiements sémantiques du Livre des Transformations se sont construits sur la base d’une décision arbitraire, voire d’une erreur. Le Yi King donne toujours une réponse que celui qui l’interroge est capable de comprendre ; on dirait qu’il se prête de même avec bienveillance et humour à toutes les extrapolations, puisque tous les chemins semblent bien malgré tout mener quelque part. Il convient de se méfier toutefois des extractions trop formelles ou personnelles ; je pense notamment à Taï Chi Chuan et Yi King de Da Liu, qui se vend fort cher puisque épuisé lui aussi, et qui propose un rapprochement formel assez superficiel (et pour tout dire décevant) entre le Classique des Mutations et l’art unique du mouvement parfait…

Traces, ombres, reflets (il est passé par ici, nous repasserons par là)Je me suis toujours demandé comment on pouvait supposer représenter l’ordre du ciel antérieur alors qu’il est, par nature ou par essence, plus encore que le ciel postérieur, caché, invisible – et n’est-il pas nécessaire qu’il en soit ainsi, ne serait-ce que parce que l’observateur fait cesser l’expérience ? Comment peut-on proposer une image du ciel antérieur au moyen de traits Yin et Yang alors qu’il est supposé se trouver avant la manifestation, donc hors de la dualité que la polarisation Yin Yang manifeste ? Et par-delà les questions de représentation, dans quelle mesure sommes-nous autorisés à aller « fouiller » dans les structures invisibles qui sous-tendent le monde, prétendant les comprendre ? non seulement au niveau énergétique mais, a fortiori, au niveau vibratoire ? Si, dans un projet philosophique ou spirituel personnel, il est important de prendre conscience de ce que l’on est afin par exemple de « rendre la terre capable du ciel », pour reprendre les termes de Sri Aurobindo ; si nos actions conscientes individuelles peuvent contribuer à ce que je nommerai prudemment un processus d’affinement du moi collectif (que de termes qu’il conviendrait de définir pour s’entendre ! mais je préfère ne pas chercher à définir trop précisément des notions qui de toute façon sont très personnelles et à ce titre difficilement partageables, surtout dans l’espace d’un écran d’ordinateur ou d’une feuille de papier, et puis ce n’est pas mon propos) ; jusqu’où est-il favorable que le processus soit conscientisé, et la vie n’a-t-elle pas besoin de garder une part de son mystère pour pouvoir accomplir son œuvre, certes par nous, mais aussi au travers de nous ?

Puissance, pouvoir, ego

Un, deux, troisAvant-propos. Aborder les concepts et les principes par groupes de 3 présente un avantage non négligeable par rapport à l’association par 2 : c’est une manière de déjouer la tentation de voir partout des couples d’opposés complémentaires et d’entretenir ainsi une vision erronée d’un monde bâti sur une multitude de faux couples Yin Yang. A propos des vrais et faux Yin et Yang, on se réfèrera à l’excellent texte rédigé par Thomas Cleary en introduction à sa traduction du Yi King (voir Bibliographie pour les références exactes de cet ouvrage), document déjà cité ici dans un article intitulé « Intention pédagogique 2010-2011 : connaissance et application ». Ceci dit, une réflexion basée sur une vision tripartite systématisée peut aussi mener à des écueils ; il en est ainsi, je crois, de toutes les pensées qui tournent sur elles-mêmes, comme une formule informatique présentant une erreur de redondance cyclique : elles n’engendrent qu’elles-mêmes et les questions n’aboutissent jamais vraiment à l’élaboration d’une problématique susceptible de nous faire rebondir dans un endroit non connu. Ne jamais oublier que l’homme ne peut vivre avec bonheur que dans un cadre fondamentalement ouvert (ce qui, on le rappelle, constitue l’une des formules mantiques les plus favorables du Yi King). Déjouer la tentation de voir des faux couples Yin Yang partout mais aussi celle de la pensée unique.

Ombres et miroirsDigression. Je questionne beaucoup depuis un an le travail sur l’ego que les pratiques énergétiques en général et le Taï Chi en particulier sont supposés nous aider à accomplir. Pratiquante passionnée d’arts énergétiques, en apprentissage permanent, je m’interroge sur la réalité de cet affinement du moi qui est proposée à l’origine du projet des arts internes (il est vrai aussi que cela dépend de la source à laquelle on se réfère). Comprendre, intégrer et être en capacité de mettre en application les principes de circulation de l’énergie confère indéniablement une certaine puissance ; le professeur, éventuellement, avertit ses élèves dès leurs premiers pas : rien ne dit, dans le projet, à quoi cette puissance énergétique est supposée servir ; et celle-ci a tôt fait de se transformer en outil de pouvoir et d’enkyster l’ego, alors que la pratique était supposée nous aider à en défaire les mailles trop serrées qui nous empêchent de respirer vraiment.

Joyeux Noël. J’ai un ami formidable, à qui je dois de nombreuses découvertes d’ouvrages concernant le Yi King et la pensée chinoise ; si je suis largement autodidacte en la matière, je lui ai pourtant une gratitude infinie pour les portes qu’il m’a ouvertes et pour sa présence bienveillante et discrète, sans aucune revendication. Il m’a offert récemment plusieurs livres, dont une traduction du Tao Te King que je ne possédais pas encore (parue chez Albin Michel, voir Bibliographie pour les références exactes). En l’ouvrant à la page où la carte publicitaire de l’éditeur avait été insérée, je suis tombée sur le chapitre 17, que je reproduis ici :

Un ami« Un souverain éminent
Reste inconnu aux yeux du peuple.
Puis vient celui que le peuple aime et loue
Puis celui dont il a peur
Enfin celui qu’il méprise.

Lorsque manque la confiance
La loyauté disparaît.

Le vrai dirigeant garde ses paroles
Accomplit sa tâche
Poursuit son œuvre.
Alors le peuple dit :
Nous sommes libres*. »

* Ou : Nous accomplissons l’œuvre nous-mêmes. [Ndlt]

Hexagramme 45, le RassemblementPropos antérieurs. Dans ce même article « Intention pédagogique 2010-2011 : connaissance et application » sus-cité, je rapportais  un extrait de l’hexagramme 45, le Rassemblement, traduit par Thomas Cleary, notamment ce passage :

«Le grand homme, lors même qu’il se perfectionne, favorise l’accomplissement d’autrui. En se perfectionnant, il anéantit son ego ; l’esprit et l’énergie gardent leur intégrité, et le moi trouve sa justesse. Par ce double accomplissement, les pensées sont suspendues et les phénomènes domptés. Une seule et même justesse réside à l’intérieur comme à l’extérieur – bienveillance, justice, courtoisie et compréhension surgissent alors à la lumière de la vraie sincérité. Lorsque ces éléments primordiaux sont rassemblés, les sens et la vie trouvent leur assise. »

L’énergie de l’art. J’ai réalisé récemment une performance artistique danse et vidéo intitulée « Sur le Rire et la folie – Peut-on faire feu de tout bois ? ». Ce projet, en cours de transformation conformément à sa nature, a pour point de départ sémantique le(s) désir(s) et le centre énergétique du plexus solaire. La projection vidéo qui sert d’environnement inclut des séquences Performance artistique sur le désir et le centre énergétique du plexus solaired’hexagrammes, et une voix enregistrée raconte les intentions artistiques, énergétiques et pédagogiques du projet. Ce n’est pas ici le lieu de décrire celui-ci ; je le cite simplement parce que, à la fin du texte qui habite l’espace pendant la première séquence, est évoquée (invoquée) l’idée qu’il s’agit peut-être de « dessiner ou danser comme on respire, (…) comme on se fond dans un paysage, (…) jusqu’à rentrer en soi-même totalement, (…) jusqu’à oublier que l’on existe. Danser jusqu’à disparaître. »

Abolir le temps. Pendant un temps, je trouvais intéressante l’idée qu’il fallait « apprendre comme si on devait vivre toujours, vivre comme si on devait mourir demain » (ce doit être une citation d’un Bouddha).Vivre chaque jour comme si c’était le dernier. Et puis en discutant avec un ami (médecin), j’ai trouvé intéressant aussi son point de vue : vivre comme si on ne devait mourir jamais. En observant les liens et les résonances entre les textes cités ci-dessus, mes réflexions, mes projets artistiques et pédagogiques, les mots des autres, et en me souvenant aussi du sous-titre du Yi King thérapeutique de Marc Xavier Pialoux (voir Bibliographie pour les références exactes) : « Occuper l’espace, abolir le temps » ; j’en viens à me dire que, pour déjouer la trinité diabolique (c’est-à-dire « qui sépare » – serait-ce l’équivalent ternaire du faux couple Yin yang ?) de la puissance, du pouvoir et de l’ego, peut-être qu’un début de solution consisterait en effet à faire ce que l’on a à faire le plus totalement possible, en étant présent assez intensément pour disparaître (le vrai travail, si travail il y a, n’est donc pas forcément où l’on croit qu’il est, ni où l’on aimerait qu’il soit – qui aimerait qu’il soit ici ou là, d’ailleurs ?). Idéaliste ? Peut-être, mais réaliste aussi : « Ce n’est pas parce que le meilleur des mondes n’existe pas qu’il faut renoncer à un monde meilleur » (Edgar Morin). Or le monde est peut-être avant tout affaire de regard intérieur – mais cela, comme tout ce qui est dit sur ce site d’ailleurs, n’engage que moi.

P.S. du 31 janvier 2011 : Il s’agirait de s’entendre sur ce que l’on entend par « disparaître » et aussi, et surtout, de savoir (qu’est-ce) qui disparaît dans la disparition qui est ici envisagée.

Le brûle-parfum ou tentative de lecture énergétique d’un objet

Brûle-parfumUn ami m’a offert un brûle-parfum qui vient de trouver sa place – provisoire, il va de soi. En cherchant à arranger la composition décorative à laquelle il contribue, j’observai que les cinq éléments étaient presque réunis en lui :

Les 5 éléments (énergétique chinoise)Le feu, évidemment (la bougie).

Le métal : l’arceau métallique.

La terre : les petits cailloux et la céramique de la coupelle supérieure.

L’eau, contenue dans la coupelle.

Il ne manquait vraiment que le bois et au départ je ne l’ai pas trouvé. Et puis en réfléchissant, je me suis dit que le genre de parfum utilisé ici, par sa nature (huiles essentielles extraites de végétaux), correspondait à l’élément bois.

Chacun des 5 éléments est ainsi représenté au niveau formel (on serait donc dans un système de comparaison, selon la distinction proposée précédemment qui associe les similitudes de forme à la comparaison, de symbole à la métaphore, et de sens à l’analogie). Je ne savais trop quel élément attribuer à la pierre synthétique, sorte de résine, du support principal. Finalement, s’agissant d’un objet manufacturé, produit de l’industrie des hommes, on peut l’associer à leur travail (élément terre) mais aussi à leur créativité (élément bois).

Curieusement, au moment de prendre la photo qui illustre cet article, une fois que j’eus décidé de l’écrire, ce qui m’a semblé le plus heureux pour servir de fond à l’objet (et donc à l’image) fut un petit set de table en bambou (élément bois, comme si naturellement, la main trouvait ce qui est le plus adapté pour équilibrer la composition, certes au niveau visuel mais aussi au niveau énergétique).

Ouf. Le mental (celui du 6e élément, le feu de la terre)  se met sur pause.

Alors, dans ce silence relatif, en mettant en place l’objet, la figure d’un hexagramme apparaît : le feu sous une quantité limitée d’eau en train de s’évaporer (donc le trigramme de la brume ou du lac plutôt que de l’eau). Or « Le feu en bas, le lac en haut », il en a été question récemment : dans ce même article intitulé « Hexagrammes 48, 49, 50 : comment passer de l’eau au feu ? », la figure de l’hexagramme 49 (la Révolution, la Mue) est ainsi décrite et on y a associé l’image symbolique (par métaphore) du passage (entre l’eau et le feu) et, par extension, de l’âme, dans une vision tripartite de l’homme (corps, âme, esprit).

Poussant ma réflexion un peu plus loin, je m’interrogeai alors sur les prolongements sémantiques des différentes parties de cet objet, par-delà les correspondances de forme. Car si « l’utilité vient de l’être, l’usage vient du non-être » (cf. chapitre 11 du Tao Te King de notre hypothétique ami Lao Tseu) ; à l’inverse, m’interrogeant sur l’usage de l’objet, j’en suis venue à supposer d’autres associations possibles avec les 5 éléments, en particulier en ce qui concerne le métal, présent plus subtilement au travers de l’olfaction, sens qui lui est attribué ; présent aussi au travers du processus de passage de l’eau au feu (cf. une fois encore l’article sur les hexagrammes 48, 49, 50) ; car, si dans le modèle systémique des 5 éléments, c’est au niveau du feu (plus précisément entre le bois et le feu) que se fait le saut disons quantique qui permet à la spirale de la vie de s’élever, on peut se demander ce qu’il reste ici et de l’eau et du feu, une fois que la bougie s’est consumée, l’eau évaporée et le parfum avec. A priori : il reste de la terre et du métal, pour ce qui est de la forme – et finalement, sur un plan plus subtil aussi, car passé le plaisir olfactif (élément métal) lié à la combustion, il reste tout au plus, pour l’utilisateur, une forme de bien-être affectif (élément métal), éventuellement doublé d’une satisfaction décorative liée à la présence d’un joli objet (élément bois). Au niveau énergétique, l’objet semble donc renvoyer plutôt à une problématique Bois/Métal qu’à une dialectique Eau/Feu.

Pour aujourd’hui, donc, s’il s’agissait de rapprocher ce joli brûle parfum de la métaphore du passage, de l’âme, etc., on aura fait maigre récolte, car manifestement il ne reste pas grand chose de la transformation de cette eau et de ce feu : nulle transmutation de l’ancien au nouveau, et rien de neuf, que du consommable à renouveler sans autre horizon que sa disparition annoncée dès l’origine. Aucun changement en vue. On restera ici sur le terrain du jeu des seules comparaisons formelles (on aurait pu s’amuser aussi avec les formes circulaires de l’objet, leur orientation et leur imbrication), car la métaphore même ne semble pas nous mener bien loin. En conclusion, on pourrait dire que ce développement est un bon exemple de ce que la pensée analogique n’est pas ! et nous renvoie à nos classiques : peut-être bien qu’en effet « l’univers n’est qu’une idée et le monde entier un cheval » (cf. Tchouang Tseu).

Une piste (systémique) à explorer toutefois, une question qui concerne l’organisation des 5 éléments au travers des 64 hexagrammes du Yi King : comment l’élément métal y est-il représenté ? Mais comme l’écrit Michael Ende dans son Histoire sans fin : « Ceci est une autre histoire, qui sera contée une autre fois ».

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A propos du feu : Art Antérieur propose un atelier d’expression artistique (approche gestuelle et interne du dessin dans le cadre du projet Art et Mouvement – Dessin) sur le thème « Le feu qui éclaire », samedi 15 janvier 2011 de 14h30 à 18h à Avignon. Plus d’infos sur ce lien.

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Enfin, en guise d’étrennes, un rappel d’orthographe (la forme étant en résonance avec le fond, soignons-la !) : on écrit « un brûle parfum » avec ou sans trait d’union, et au pluriel seul « parfum » prend un « s », le premier terme résultant d’un verbe substantivé. Bonne année !

Je ne sais pas quoi vous souhaiter, car il me semble que tout est là quand, nos bavardages capitulent. Chaque geste est alors l'esquisse d'un pas de danse, le premier mouvement d'un tableau ; et les mots sont fleurs du silence. Retour au temps intérieur.

Hexagrammes 48, 49, 50 : comment passer de l’eau au feu ?

J’aborde depuis un certain temps les hexagrammes par triolets (trois pas trois, dans leur ordre de succession) lorsque je cherche à saisir le sens d’un hexagramme et de ses transformations.

Performance danse et vidéo, dialectique eau-feuCette dernière année, je me suis intéressée de près au triolet des hexagrammes 48, 49 et 50, parallèlement à une réflexion sur la problématique énergétique de la dialectique entre l’eau et le feu. Le référentiel est ici évidemment celui de la psycho-énergétique chinoise, dont le Yi King constitue le socle modélisé de base. Sans entrer dans des détails ésotériques (qui ne m’intéressent pas trop) ou alchimiques (dont le sens m’échappe à partir d’un certain point et c’est sans doute très bien ainsi), certaines relations de sens me sont apparues peu à peu (puis tout à coup), évidentes.

Parallèlement aussi, cette même année, en essayant de définir et d’expliquer ce qu’est la pensée analogique qui permet d’appréhender la pensée chinoise de manière naturelle, j’en suis venue à supposer une différenciation ternaire entre la comparaison (qui procède en observant les similitudes de forme), la métaphore (qui porte sur le symbole) et l’analogie (sur le sens).

Je partage ici cette vision essentiellement intuitive en insistant sur le fait que la majeure partie de cette proposition provient d’une extraction personnelle, tentative de lecture énergétique du Yi King détachée autant que possible des textes. « Les mots servent à exprimer les idées, écrit Tchouang Tseu. Quand l’idée est saisie, oubliez les mots. »

Ce qui suit, donc, n’engage que moi – c’est pour ça que je dis « je », même si le Yi King et la connaissance ou l’intuition que l’on peut en avoir, sans doute, appartiennent à tout le monde et n’appartiennent à personne – c’est pour ça que je partage ceci, sans prétendre affirmer quoi que ce soit.

Hexagrammes 48, 49, 50 : comment passer de l'eau au feu ?

Notons que l’hexagramme 50 marque la fin d’un premier cycle du Yi King quant à la structure générale du livre : la manifestation a réellement commencé avec La Difficulté initiale (hexagramme 3), première tentative de « faire » quelque chose à partir du tout-Yin (hexagramme 2) et du tout-Yang (hexagramme 3) qui essaient de se mélanger. Elle atteint ici un point où il est nécessaire (?) de passer à quelque chose de vraiment nouveau, qui peut faire peur ou surprendre : l’hexagramme suivant est le 51, l’Eveilleur, l’ébranlement qui pourrait permettre le passage à un cycle neuf.

Tout cela, bien sûr, n’a peut-être aucun sens. J’aime bien citer Alice dans son Pays des merveilles : « Si le monde n’a aucun sens, qui nous empêche de lui en inventer un ? ».

Dix mille transformations : un mouvement

Un hexagramme est comme un arrêt sur image : il s’agit certes d’une figure puisque composée de traits a priori immobiles, mais cette immobilité n’est qu’apparente car l’hexagramme est un mouvement, l’instantané d’une transformation en cours qu’il (pré)figure.

Saut en longueur, chronophotographie par Etienne-Jules Marey, XIXe s.De multiples illustrations de cette immobilité mobile peuvent être trouvées dans l’histoire de l’art : la chronophotographie (photo ci-contre), mais aussi le Cinétisme, le Futurisme, le Cubisme, etc. ; ceci en ne se référant qu’aux techniques d’image fixe, puisque l’hexagramme est supposé en être une.

Revenons aux traits de base : Yin ou Yang. Le principe qui sous-tend le monde est le changement, la pulsation universelle et « permanente » Yin Yang Yin Yang Yin… Un trait Yin deviendra Yang, un trait Yang deviendra Yin, inéluctablement – mais les modalités de ce passage (de cette mutation) sont multiples. Comme dans le Taï Chi ou dans d’autres arts du mouvement, le chemin le plus court (ou le plus efficace) entre deux points (ou deux états) n’est pas toujours la ligne droite. Et de fait, les traits Yin et Yang qui composent les hexagrammes, continus (traits Yang) ou discontinus (traits Yin), n’ont pas de forme définitive ; ils manifestent une certaine quantité (ou qualité, voire potentialité) de Yin et de Yang, c’est-à-dire une certaine proportion ou qualité de « Yin Yang ».

"Nu descendant un escalier", Marcel Duchamp, 1912Ainsi apparaît l’un des aspects de l’imbrication (que l’on pourrait qualifier de quantique) observable dans le modèle du vivant tel que le Yi King le décrit : chaque hexagramme porte en lui tous les autres, dans un système qui tient davantage d’une vision hologrammique que d’un système fractal, encore que les deux positions puissent être défendues. Mais en-deça (ou par-delà) les poupées russes ou l’entonnoir sémantique des hexagrammes, si on admet qu’un trait Yin est fondamentalement un trait en cours de mutation pour devenir un trait Yang, alors on accepte l’idée vertigineuse qu’il n’y a ni trait Yin ni trait Yang mais une infinité de possibilités de combinaisons Yin Yang à l’intérieur d’un seul trait, infinité contenue dans une infinité plus grande qui est celle de l’hexagramme, qui lui-même…

Deux polarités, quatre énergies de base, huit forces à l’œuvre dans la nature, soixante-quatre organisations « archétypales » (?) de l’énergie… Le système, circulaire et carré, serait-il, à l’image peut-être de l’univers, fini et sans limites ?

Temps, temporalité, temporisation

En prolongement de l’atelier Yi King du 1O mai à Avignon, voici quelques éléments de réflexion issus d’un texte passionnant écrit par Thomas Cleary en introduction à sa traduction du Yi King de Lieou Yi-Ming (version taoïste qui fait écho au Secret de la Fleur d’or dont nous devons également une traduction du chinois vers l’américain à Thomas Cleary).

Comme j’évoquais des événements récents qui me faisaient prendre conscience que l’on ne pouvait prétendre instaurer le nouveau en utilisant les moyens de l’ancien (incitation à méditer sur les hexagrammes 49, 50, 51, 24 – nous reviendrons probablement sur le thème du nouveau et du renouveau dans un prochain atelier), et en réfléchissant sur le sens à donner à l’évolution d’une situation relatée par une participante à l’atelier, nous nous sommes interrogés sur ce que pouvaient signifier « une attitude nouvelle », se libérer du connu, agir et non pas réagir… et aussi sur ce que pouvait être cette adéquation aux flux énergétiques de l’instant, en pratique : comment faire corps avec son présent ?

« Les mots servent à exprimer les idées. Quand l’idée est saisie, oubliez les mots », nous dit Tchouang Tseu. Les messages du Yi King, tout comme la dualité, le Yin Yang, les injonctions à faire ou à ne pas faire, revêtent souvent un caractère contradictoire, sur le plan intellectuel. Or, à un certain niveau, ou plutôt sur un certain plan (de réalité), les paradoxes se résolvent d’eux-mêmes, spontanément (la spontanéité est une des plus hautes qualités humaines pour les anciens Chinois, attribut de celui qui a su recontacter sa vraie nature et rester dans la permanence de cet éveil ; un hexagramme parle de la spontanéité : le 25).

Comme nous n’avons pas le bonheur de connaître l’illumination, les mots constituent parfois un support de départ efficace pour tenter de pénétrer le sens de ce qui nous permettra peut-être un jour de nous en libérer. Aussi me semble-t-il utile de partager ici ces quelques extraits de l’ouvrage cité plus haut pour alimenter notre réflexion. Je reviendrai probablement sur certaines de ces notions  au cours de la conférence du 30 mai sur le principe féminin dans le Yi King, dans le cadre du Festival Être et Bien-Être à Avignon.

« Dans la philosophie du Yi King telle qu’elle s’applique à la pratique du taoïsme, le temps se caractérise par le changement, et les « temps » particuliers sont décrits au moyen des relations spécifiques existant entre les forces opposées ou complémentaires qui interviennent au cours de ce flux. Le temps linéaire, tel qu’il est représenté par la succession des quatre saisons, est utilisé comme une métaphore du « temps » propre au développement humain ; mais les textes taoïstes précisent bien qu’il s’agit  seulement là d’une métaphore, et que le « temps céleste », la relation entre la condition présente de l’individu et ses plus hautes potentialités, ne constitue pas une progression linéaire du même ordre que le temps terrestre. Aux yeux des taoïstes, s’harmoniser avec le céleste dans la vie humaine équivaut à prendre en compte chaque « temps », chaque combinaison de relations et de possibilités, de manière à parvenir à un juste équilibre entre les énergies essentielles et leurs modes de manifestation (…)

Le « moment opportun » semble correspondre au temps où il convient de faire ou d’accomplir ce qui doit être fait ou accompli, au temps où une chose devient possible, voire nécessaire, en raison d’un concours approprié de circonstances. Le texte évoque aussi le rythme juste, le temps de l’action et de l’inaction – l’harmonie avec l’instant au moyen d’une adaptation passive ou active à la situation présente, pour progresser sur la ligne optimale du développement. Selon Lieou, le Yi King fut composé afin de favoriser l’appréciation de la qualité propre à chaque instant et de ses implications, en vue de pratiquer l’agir ou le non-agir (…)

Le Yi King [est considéré comme étant] à l’origine d’un triple processus. Comprendre les représentations de la transformation dans le Yi King, c’est accéder aux principes de la transformation, soit à ceux du « Ciel » – au sens où l’homme se rattache au dessein de l’univers. Comprendre les principes universels du changement, c’est être capable de pratiquer le Tao : ces principes se reflètent alors dans les possibilités de l’esprit, considéré comme le maître intérieur de l’être humain (…)

[Par] le lien de la compréhension et de l’action, de l’éternel et du temporel, (…) l’humanité peut trouver sa place et sa fonction dans la structure d’ensemble de la vie. »

Un dernier passage à méditer, extrait du Livre de l’Équilibre et de l’Harmonie auquel Thomas Cleary se réfère à plusieurs reprises :

« Pour saisir et approcher les changements avec succès, il convient de connaître le temps ; pour connaître le temps, il convient de comprendre les principes ; pour comprendre les principes, il convient d’être ouvert et tranquille. Lorsqu’on est ouvert, l’esprit est clair ; lorsqu’on est tranquille, l’esprit est pur. Lorsqu’on est imprégné de pureté et de clarté, les principes du Ciel apparaissent dans leur évidence. On peut voir les changements du Ciel par l’observation de la transformation ; on peut comprendre le flux et le reflux du temps par l’observation des formes ; on peut discerner le vrai et le faux en observant chez les êtres leurs manifestations concrètes. »

Tous extraits issus du Yi King traduit par Thomas Cleary du chinois à l’américain à partir de la version de Lieou Yi-Ming (traduction de l’américain au français par Zéno Bianu), éditions du Rocher, 1986 (1994 pour la traduction française).

Vide en plénitude

À méditer, ou simplement pour rêver un peu, en prolongement de l’atelier du 29 mars à Avignon au cours duquel nous avons abordé les origines de la manifestation et le mariage nécessaire entre Yin et Yang pour que quelque chose soit, voici le très poétique chapitre 11 du Tao Te King de Lao Tseu dans une traduction d’Agatha Miller (éditions Québecor, 2003).

« Trente rais se réunissent autour d’un moyeu.
C’est de son vide que dépend l’usage du char.
On pétrit de la terre glaise pour faire des vases.
C’est de son vide que dépend l’usage
des vases.
On perce des portes et des fenêtres pour faire
une maison. C’est de leur vide que dépend
l’usage de la maison.
C’est pourquoi l’utilité vient de l’être,
l’usage vient du non-être. »

Étude, positionnement, transmission

En attendant la soirée découverte du 8 mars prochain à Avignon, voici quelques mots sur le Yi King.

Le Yi King est fondamentalement un livre de sagesse. Livre. Sagesse. Deux mots-clés qui retiennent d’emblée l’attention de qui se passionne pour le livr, l’écriture, les questions philosophiques.

Cette notion de sagesse véhiculée par le Livre des Transformations est fondamentale. On peut ouvrir le Yi King comme d’autres ouvrent la Bible ou un dictionnaire : quelle que soit la page qui s’ouvre sous l’effet du hasard (qui a pour les Chinois un sens et un intérêt très différents de ceux que la pensée occidentale lui concède), on obtient des éléments de réflexion pour alimenter notre pensée et nous aider à déterminer une action (encore un mot-clé de l’usage du Yi King, car il s’agit bien d’un outil à destination de celui qui est prêt à réfléchir, voire à penser, et à agir par lui-même).

Il y a eu le temps, qui n’a qu’un temps, des tirages quasi compulsifs, avec la méthode des trois pièces de monnaie. Le Yi King, qui a tout prévu, décrit cette attitude immature dans l’hexagramme 4, « Jeune fou » selon Javary, « Folie juvénile » selon Wilhelm, « Obscurité » selon Thomas Cleary (obscurantisme ?).

Il y a le temps du non-tirage, de l’étude pour l’étude, sans poser de question. Cela aussi est, en quelque sorte, « prévu », sous forme de conseil : « Dans les temps de questionnement (ou d’action), le sage interroge le Yi King. Dans les temps de repos, le sage étudie le Yi King » (« le sage » fait partie des personnages-clés du Yi King, on ne le définira pas aujourd’hui mais il mérite bien une petite mise en relief typographique sur notre topographie de pixels). Étudier le Yi King (ou d’autres Classiques comme le Tao Te King) permet de développer une forme d’intelligence et de compréhension du Yin Yang à l’œuvre partout dans l’univers. Chercher à comprendre cette dialectique, ce mouvement perpétuel amène à considérer la vie autrement.

Il y a pour certans le temps des hexagrammes qui s’invitent d’eux-mêmes dans l’esprit interrogatif, interrogateur, cherchant à pénétrer le sens d’une situation, d’un problème ; traduction instantanée de l’énergie du moment esquissée sous la forme d’une des 64 situations archétypales décrites par le Yi King, comme un écho à la question que l’on se pose ou que l’on aurait pu se poser ; comme l’actualisation (anticipée) d’un potentiel avant que les possibilités objectives n’encombrassent l’esprit ou du moins la conscience.

Il y a aussi la rencontre essentielle possible avec le taï chi chuan, l’énergétique, la psycho-énergétique chinoise ; et tous ces livres, lus, relus, effeuillés, les mots des autres qui soudain prennent sens – ou le perdent, aussi, parfois. Entremêlements de sens, transcendance entrevue, réminiscences. Espoir, hypothèse : le développement, pendant des années, du savoir intellectuel, associé à l’exploration des limites du corps et de ce qui l’anime, devient une forme d’ascèse qui pourrait préfigurer un passage possible vers la connaissance, et d’abord la connaissance de soi. Dans ce qui devient alors un projet, peut-être l’œuvre d’une vie, le corps lui-même apparaît comme un lieu de transformation(s) et de com-préhension véritable, par-delà les pièges du mental, les ruades de l’égo et les limites de la conscience ordinaire. Retour aux sources, à la Source de soi-même. Portés par le même miracle joyeux, le corps et l’esprit tentent une réconciliation dans une même danse avec le Yin et le Yang, essaient de passer au travers des habitudes, au-delà du miroir des idées reçues et des schémas entretenus, cherchent ensemble des chemins pour traverser le mieux possible cette aventure merveilleuse que l’on appelle « la Vie ». Trouver un fil pour se relier à l’essentiel, un fil pour refaire en soi l’unité. « Tout homme a besoin de quelque chose qu’il suive et qui lui serve d’étoile », dit le Yi King (cf. hexagramme 17, « la suite » ou « suivre »).

J’ai attrapé un fil. Je le tiens. Je le suis (ambivalence du Verbe). Parfois il me tire. Vers le haut (cf. hexagramme 46, « la poussée vers le haut », « monter », « naissance », « croissance »). Il me donne le courage de certaines prises de risque – je lui dois bien ça…

Ma décision de transmettre, intransitivement, à mon modeste niveau (cf. hexagramme 9, l’affinement doux du créatif, l’action petite par la ligne de moindre résistance – une action quand même, en adéquation avec le présent, quand une action plus importante n’est pas possible…), relève d’une prise de conscience globale de ce qui est vraiment en accord avec ma sensibilité ou plutôt, comme diraient les Chinois (et le Yi King), avec ma « vraie Nature ».

Le Yi King favorise les prises de conscience, permet peu à peu de développer une pensée analogique et une forme d’intuition ou d’intelligence des situations, nous rendant plus capables de penser et d’agir de manière juste par rapport à nous-mêmes ; partant, de penser autrement notre place entre terre et ciel : qu’est-ce que c’est vraiment que ce Yin Yang ? peut-on sortir de la dualité, ou du moins ne plus en être esclave ? comment (et d’abord pourquoi) transformer ? se transformer ? comment rester (ou devenir) souple et vivant dans un monde d’impermanence dont le sens nous échappe peut-être totalement ? qu’est-ce qui est, vraiment ? et ça veut dire quoi, « être » ? puisque tout se transforme… Par les interrogations profondes qu’il suscite chez celui qui le fréquente assidûment, le Yi King rejoint le taï chi et les arts énergétiques, auxquels il sert de trame de fond en tant que texte fondateur de toute la pensée chinoise.

On se met en marche et soudain c’est le paysage qui bouge. Le Yi King nous apprend que seul le changement est permanent (c’est d’ailleurs le sens de l’idéogramme « Yi » dans les termes qui composent son nom). Allons un peu plus loin – osons. Le mouvement nous rendrait-il immobiles ? silencieux ? réceptifs ? (fondamentalement) ouverts ? Question de référentiel sans doute. Ou pas. Appliquée à l’existence, cette vision révisée, à la fois multiple et une, est susceptible d’engendrer des changements profonds. Tout se transforme.

Yin et Yang perpétuellement emboîtés. Difficile d’aborder les questions relatives à l’énergétique, à la systémie chinoise ou au Yi King (ces trois choses ne sont-elles pas une ?) sans faire des tours et détours difficiles à suivre pour l’esprit analytique occidental ; et pourtant, cela nous éloigne-t-il du propos ?

IL s’agissait ici de parler, en préambule aux ateliers-conférences avignonnais qui démarrent bientôt, du positionnement qui préside à la consultation du Yi King. Pour ceux qui auraient envie d’éléments d’information plus concrets, le plus efficace est probablement de se référer aux Dix piliers de la méthode Djohi sur le site de Cyrille Javary. Une nuance peut-être :  la part de l’intuition (à bien différencier du ressenti) et surtout le centrage préalable nous semblent très importants. « Tirer » le Yi King aux baguettes ou tiges d’Achillée (ou le « calculer », selon la formule préconisée par Cyrille Javary) prend un certain temps, nécessaire, prégnant, qui peut être vécu comme un temps de méditation. Cela n’empêche en rien une lecture raisonnable du résultat, mais il est essentiel de se relier à ce qu’il peut y avoir de plus haut en nous-mêmes, de plus attentif, vide et silencieux, au moment de lire au travers des méandres de l’instant présent ; car même s’il ne s’agit pas de divination (on n’insistera jamais trop sur ce point), le Yi King nous met en contact avec les forces invisibles qui sous-tendent le monde, flux énergétiques vers lesquels on ne peut tenter une ouverture qu’en étant impeccablement conscient de sa demande et de ses motivations. Encore faut-il avoir beaucoup cherché – encore faut-il chercher toujours -, mu par le désir ardent, sinon de saisir cet insaisissable Tao, du moins de comprendre le sens véritable de ce Yin Yang que le Yi King décrit dans un langage a priori hermétique, pour pouvoir faire quelque chose de ses messages.