État d’esprit

Retour à l’origine

J’ai découvert le Yi King en 2003 peut-être, je ne me souviens pas bien. Je me rappelle bien en revanche que la première fois que j’ai ouvert la « brique jaune » (le Yi King de Wilhelm), je me suis sentie chez moi. Je suis diplômée d’une école d’art (DNSEP Art Multimédia). Passionnée par les livres, le mouvement et la Beauté depuis mon plus jeune âge, il m’est toujours apparu comme une évidence que la forme et le fond (l’idée) participaient du même sens.

Entre rêve et réalité

Si l’art et le rêve furent pour moi des voies royales vers les mystères des profondeurs, je suis convaincue que la curiosité intellectuelle et la capacité à intégrer les savoirs sont de bons moyens pour commencer à affiner notre manière d’être au monde et se rapprocher d’une autre forme de connaissance, plus intuitive. Pour entrer dans le Yi King, il faut d’abord faire un effort mental : le Yi King se présente à nous sous la forme d’un livre, même s’il n’est pas que cela.

Penser ou sentir le monde ?

La découverte du taï chi chuan en 2004, puis la pratique du mouvement régénérateur (katsugen undo – seitai) m’ont ouvert la voie vers une compréhension autre du Yi King et des phénomènes, qui passe par l’expérience sensible du corps en mouvement. La vie est mouvement, adaptation, changement. Apprendre à faire circuler le Qi (l’énergie vitale) ou plutôt à ne pas contraindre son mouvement, prendre conscience des flux qui nous traversent impliquent la personne dans sa totalité. Le mouvement de l’esprit et celui du corps sont intimement liés.

Sur ce chemin, mon approche du Yi King est progressivement devenue plus intuitive que littéraire, dégagée de la référence directe aux textes qui, pour moi qui ne suis pas sinologue, restent toujours un peu du chinois, quelle que soit la traduction. J’ai ainsi commencé à expérimenter une lecture énergétique, analogique et autonome des hexagrammes du Yi King.

Parce que la forme suit le fond (le Yi dirige le Qi, c’est-à-dire : l’intention dirige l’énergie et l’action), je me suis mise à questionner aussi ma pratique du taï chi, m’éloignant du cadre rigoureux et martial dans lequel je le pratiquais jusque là pour aller vers une pratique plus libre et expérimentale. Je pratique depuis différents arts du Qi et je continue à chercher à la fois avec mon corps et avec mon esprit, en gardant bien en vue qu’il est possible qu’il n’y ait rien à trouver car le « Tao », n’est-ce pas le chemin lui-même ? Itsuo Tsuda, le Japonais qui fit connaître le mouvement régénérateur (un certain art du Ki ou de l’énergie) en France, disait : « Si vous attendez un résultat, ne venez pas! ».

Méthode et intuition : à la recherche du « bon » Yin Yang

Aujourd’hui, mon approche s’enrichit peu à peu de ma compréhension progressive des méthodes taoïstes d’interprétation du Yi King (dont le Yi King dit de la Fleur de Prunier). Cette approche très concrète, qui exige cependant un bon socle de connaissances, permet d’appuyer l’intuition sur une méthode qui permet d’éviter des erreurs d’interprétation et de préciser la réponse.

Mon parcours atypique m’a permis d’expérimenter quelques évidences : l’adaptation est nécessaire mais pas à n’importe quel prix (il y a un vrai et un faux yin) ; la créativité, l’intuition et les rêves, aussi inspirés soient-ils, n’aboutissent à des réalisations effectives que s’ils sont associés à un bon sens des réalités et à une capacité d’inscrire l’action dans le présent ; de même, en inversant la proposition, c’est le lien à la source des phénomènes, ce que l’on pourrait nommer leur « justesse énergétique », qui donne aux actes un sens véritablement humain.

Cela nécessite avant tout une vision claire de soi, puis du monde (ce qui est peut-être une seule chose). Le Yi King, au travers de l’étude du Yin Yang et de ses modalités d’expression dans la matière, nous apprend peu à peu à respirer avec le monde, comme un entraînement à tenir la place qui est supposée être nôtre dans la pensée taoïste : entre ciel et terre. En ce sens, le Yi King, philosophie de la nature dont il décrit les phénomènes, est un chemin de connaissance.

Fondamentalement ouvert

Je crois beaucoup à la pluridisciplinarité qui évite de sacraliser une technique et de ne plus jurer que par elle (ce qui éloigne à nouveau de soi) ; elle permet aussi de déjouer le piège des habitudes et les crispations du mental. C’est pourquoi je propose parfois des ateliers qui associent le Yi King à la pratique artistique et au mouvement du corps, pour une approche ludique, intuitive et libre (ce qui ne l’empêche pas d’être structurée, autant que possible) de l’Art du Changement.

Mlle Yi King

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