Yi King, désidentification et individuation

En suite à l’article « Hexagrammes 48, 49, 50 : comment passer de l’eau au feu ? », voici un extrait d’un ouvrage sorti récemment qui permet, dans un langage simple et clair, d’appréhender le Yi King à la fois comme outil de progrès personnel et comme manuel de conseils pratiques, Le Yi King – L’intelligence de la vie qui éveille tous les êtres, Philippe DUCHESNE , éd. Quebecor, 2010*.

« Tout comme il faut chauffer le minerai pour en extraire l’or et le séparer de sa gangue, de même il nous faut fournir un effort pour libérer les influx du ciel de leur enveloppe de mémoires passées. J’ai bien dit « libérer », c’est-à-dire rendre libre de, et non éradiquer. Pour ce faire, il suffit de cesser de s’identifier à quoi que ce soit sinon à la seule réalité qui soit : le réel qui est la vie, l’esprit un, le tao.

(…) Finalement, nous avons deux options dans notre vie, pas une de plus. Soit nous restons identifiés à l’ego et en sommes les marionnettes (ironiquement, on appelle cela la liberté), soit nous reconnaissons à l’ego sa valeur d’instrument, sans plus, et nous nous ouvrons à l’évidence : un seul esprit est à l’œuvre dans l’univers. Dans le taoïsme, suivre cet ordre se dit « habiter la circonstance ». On cesse alors de vouloir s’affirmer, s’afficher, se divertir (de l’essentiel) au profit de cette conscience vaste.

Comment cela ?

Le plus simplement du monde. En prenant une situation à la fois, telle que la vie la présente dans sa plus grande perfection pédagogique, un instant à la fois. Et en raisonnant non plus selon nos préjugés et nos intérêts personnels, mais selon ce que la situation appelle. D’ailleurs, de quoi nous parle le Yi King sinon de situations particulières et de la façon judicieuse de nous y comporter ? En tout cas, il ne fait pas de philosophie !

« Qu’attend de moi la situation ? » pourrait être notre ultime questionnement existentiel. »

(op. cit., chapitre 2, « Une vision du monde », p. 32-33)

On pourra méditer là-dessus en associant cette ultime question à la définition que Carl Gustav Jung donna, vers la fin de son parcours, de l’individuation :

« J’emploie l’expression d’individuation pour désigner le processus par lequel un être devient un in-dividu psychologique, c’est-à-dire une unité autonome et indivisible, une totalité. »

* P.S. du 5 mars 2011 : L’introduction du livre de Philippe Duchesne  est un bon support pour comprendre le Yi King et le sens des transformations. En ce qui concerne le texte des hexagrammes, il s’avère à l’usage qu’il n’a vraiment de sens que par rapport à une question : pas de question, pas de réponse – contrairement à d’autres versions des hexagrammes, qui constituent en elles-mêmes de bons supports d’étude et de méditation.

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5 commentaires sur “Yi King, désidentification et individuation”

  1. Est ce qu’on peut se fondre ou se conformer au procès en cours dans la Totalité jusqu’à ne plus avoir d’Ego ?
    Ne pas vouloir faire parti de « l’Egoland » d’accord ne plus rien être pour être tout c’est vraiment très compliqué et peut-être même dangereux

    André

    1. Bonjour André,

      Je ne crois pas qu’il s’agisse de « ne plus rien être pour être tout ». J’ai supposé dans un autre texte (https://tout-se-transforme.com/?p=892) qu’il s’agissait peut-être de faire ce que l’on a à faire le plus totalement possible, peut-être jusqu’à « disparaître » – mais il s’agit de savoir (qu’est-ce) qui disparaît alors, de l’ensemble de ce que nous sommes. C’est à chacun de décider de ce qu’il est bon pour lui de défaire ou d’affiner.

      J’aime bien le terme « Egoland », ça reflète bien le culte de l’Ego superstar abondamment nourri par nos in-consciences. Le tout est plus que la somme des parties, et « Je » est plus que la somme des petits « moi je ». Je ne souhaite pas intenter un procès à l’ego, encore qu’il me semble prudent de surveiller de près, dans ces questions, celui que l’on appelle parfois « l’ego spirituel » (ou « le voyageur spirituel », dans le Yi King de Carol K. Anthony, cf. hexagramme 56). L’ego est nécessaire, il s’agit de le voir et de lui rappeler de temps en temps, ainsi qu’à nous-mêmes, qu’il est, comme l’argent selon Shakespeare, « un bon serviteur et un mauvais maître ».

      De toute façon, si nous étions capables de « ne plus rien être pour être tout » en permanence, nous ne serions sans doute plus de ce monde ! Se conformer à l’instant, sans y mettre rien de plus ou de moins que ce que la situation exige (cf. sur ce point Krishnamurti et tant d’autres qui nous rappellent combien les projections dans le temps sont source de division en soi), est peut-être déjà une manière humaine de faire corps avec la totalité, pour que l’on agisse en conscience. C’est ainsi que je comprends l’expression « habiter la circonstance » mentionnée par Philippe Duchesne dans l’extrait cité plus haut.

      Tout cela n’engage que moi. Je partage ici mes questionnements sans leur supposer valeur de vérité pour un autre que moi-même et vous remercie de me faire part de vos commentaires.
      Transformations belles,
      Rita

    2. Bonjour André,

      Le maître de Ch’an Houang Po dit un jour: «Les gens ont peur de se laisser tomber dans le vide car ils ne savent pas que le vide n’est pas vide». On se figure souvent qu’en abandonnant l’ego, on risque de disparaître. En fait, le problème réside plus dans notre identification à l’ego que dans l’ego en tant que tel. C’est elle que nous avons à abandonner, pas lui. Dans le fond, l’ego n’est-il pas une simple collection de mémoires poussiéreuses sans le moindre danger… à condition de ne pas nous y identifier!?

      Philippe Duchesne

  2. L’ ego..ah..ben et si on le laissait
    plutôt à nos côtés.

    Une vie est un cheminement..avec ou sans..peu importe.
    Ne suffirat-il pas de lui dire..bon OK
    je te connais, j’en ai fait le tour…
    et si tu marchais non plus en moi mais à côté ou de côté…
    disons à distance…?

    Et qu’apercevons nous?
    Que nous ne claudiquons plus !

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