Étude, positionnement, transmission

En attendant la soirée découverte du 8 mars prochain à Avignon, voici quelques mots sur le Yi King.

Le Yi King est fondamentalement un livre de sagesse. Livre. Sagesse. Deux mots-clés qui retiennent d’emblée l’attention de qui se passionne pour le livr, l’écriture, les questions philosophiques.

Cette notion de sagesse véhiculée par le Livre des Transformations est fondamentale. On peut ouvrir le Yi King comme d’autres ouvrent la Bible ou un dictionnaire : quelle que soit la page qui s’ouvre sous l’effet du hasard (qui a pour les Chinois un sens et un intérêt très différents de ceux que la pensée occidentale lui concède), on obtient des éléments de réflexion pour alimenter notre pensée et nous aider à déterminer une action (encore un mot-clé de l’usage du Yi King, car il s’agit bien d’un outil à destination de celui qui est prêt à réfléchir, voire à penser, et à agir par lui-même).

Il y a eu le temps, qui n’a qu’un temps, des tirages quasi compulsifs, avec la méthode des trois pièces de monnaie. Le Yi King, qui a tout prévu, décrit cette attitude immature dans l’hexagramme 4, « Jeune fou » selon Javary, « Folie juvénile » selon Wilhelm, « Obscurité » selon Thomas Cleary (obscurantisme ?).

Il y a le temps du non-tirage, de l’étude pour l’étude, sans poser de question. Cela aussi est, en quelque sorte, « prévu », sous forme de conseil : « Dans les temps de questionnement (ou d’action), le sage interroge le Yi King. Dans les temps de repos, le sage étudie le Yi King » (« le sage » fait partie des personnages-clés du Yi King, on ne le définira pas aujourd’hui mais il mérite bien une petite mise en relief typographique sur notre topographie de pixels). Étudier le Yi King (ou d’autres Classiques comme le Tao Te King) permet de développer une forme d’intelligence et de compréhension du Yin Yang à l’œuvre partout dans l’univers. Chercher à comprendre cette dialectique, ce mouvement perpétuel amène à considérer la vie autrement.

Il y a pour certans le temps des hexagrammes qui s’invitent d’eux-mêmes dans l’esprit interrogatif, interrogateur, cherchant à pénétrer le sens d’une situation, d’un problème ; traduction instantanée de l’énergie du moment esquissée sous la forme d’une des 64 situations archétypales décrites par le Yi King, comme un écho à la question que l’on se pose ou que l’on aurait pu se poser ; comme l’actualisation (anticipée) d’un potentiel avant que les possibilités objectives n’encombrassent l’esprit ou du moins la conscience.

Il y a aussi la rencontre essentielle possible avec le taï chi chuan, l’énergétique, la psycho-énergétique chinoise ; et tous ces livres, lus, relus, effeuillés, les mots des autres qui soudain prennent sens – ou le perdent, aussi, parfois. Entremêlements de sens, transcendance entrevue, réminiscences. Espoir, hypothèse : le développement, pendant des années, du savoir intellectuel, associé à l’exploration des limites du corps et de ce qui l’anime, devient une forme d’ascèse qui pourrait préfigurer un passage possible vers la connaissance, et d’abord la connaissance de soi. Dans ce qui devient alors un projet, peut-être l’œuvre d’une vie, le corps lui-même apparaît comme un lieu de transformation(s) et de com-préhension véritable, par-delà les pièges du mental, les ruades de l’égo et les limites de la conscience ordinaire. Retour aux sources, à la Source de soi-même. Portés par le même miracle joyeux, le corps et l’esprit tentent une réconciliation dans une même danse avec le Yin et le Yang, essaient de passer au travers des habitudes, au-delà du miroir des idées reçues et des schémas entretenus, cherchent ensemble des chemins pour traverser le mieux possible cette aventure merveilleuse que l’on appelle « la Vie ». Trouver un fil pour se relier à l’essentiel, un fil pour refaire en soi l’unité. « Tout homme a besoin de quelque chose qu’il suive et qui lui serve d’étoile », dit le Yi King (cf. hexagramme 17, « la suite » ou « suivre »).

J’ai attrapé un fil. Je le tiens. Je le suis (ambivalence du Verbe). Parfois il me tire. Vers le haut (cf. hexagramme 46, « la poussée vers le haut », « monter », « naissance », « croissance »). Il me donne le courage de certaines prises de risque – je lui dois bien ça…

Ma décision de transmettre, intransitivement, à mon modeste niveau (cf. hexagramme 9, l’affinement doux du créatif, l’action petite par la ligne de moindre résistance – une action quand même, en adéquation avec le présent, quand une action plus importante n’est pas possible…), relève d’une prise de conscience globale de ce qui est vraiment en accord avec ma sensibilité ou plutôt, comme diraient les Chinois (et le Yi King), avec ma « vraie Nature ».

Le Yi King favorise les prises de conscience, permet peu à peu de développer une pensée analogique et une forme d’intuition ou d’intelligence des situations, nous rendant plus capables de penser et d’agir de manière juste par rapport à nous-mêmes ; partant, de penser autrement notre place entre terre et ciel : qu’est-ce que c’est vraiment que ce Yin Yang ? peut-on sortir de la dualité, ou du moins ne plus en être esclave ? comment (et d’abord pourquoi) transformer ? se transformer ? comment rester (ou devenir) souple et vivant dans un monde d’impermanence dont le sens nous échappe peut-être totalement ? qu’est-ce qui est, vraiment ? et ça veut dire quoi, « être » ? puisque tout se transforme… Par les interrogations profondes qu’il suscite chez celui qui le fréquente assidûment, le Yi King rejoint le taï chi et les arts énergétiques, auxquels il sert de trame de fond en tant que texte fondateur de toute la pensée chinoise.

On se met en marche et soudain c’est le paysage qui bouge. Le Yi King nous apprend que seul le changement est permanent (c’est d’ailleurs le sens de l’idéogramme « Yi » dans les termes qui composent son nom). Allons un peu plus loin – osons. Le mouvement nous rendrait-il immobiles ? silencieux ? réceptifs ? (fondamentalement) ouverts ? Question de référentiel sans doute. Ou pas. Appliquée à l’existence, cette vision révisée, à la fois multiple et une, est susceptible d’engendrer des changements profonds. Tout se transforme.

Yin et Yang perpétuellement emboîtés. Difficile d’aborder les questions relatives à l’énergétique, à la systémie chinoise ou au Yi King (ces trois choses ne sont-elles pas une ?) sans faire des tours et détours difficiles à suivre pour l’esprit analytique occidental ; et pourtant, cela nous éloigne-t-il du propos ?

IL s’agissait ici de parler, en préambule aux ateliers-conférences avignonnais qui démarrent bientôt, du positionnement qui préside à la consultation du Yi King. Pour ceux qui auraient envie d’éléments d’information plus concrets, le plus efficace est probablement de se référer aux Dix piliers de la méthode Djohi sur le site de Cyrille Javary. Une nuance peut-être :  la part de l’intuition (à bien différencier du ressenti) et surtout le centrage préalable nous semblent très importants. « Tirer » le Yi King aux baguettes ou tiges d’Achillée (ou le « calculer », selon la formule préconisée par Cyrille Javary) prend un certain temps, nécessaire, prégnant, qui peut être vécu comme un temps de méditation. Cela n’empêche en rien une lecture raisonnable du résultat, mais il est essentiel de se relier à ce qu’il peut y avoir de plus haut en nous-mêmes, de plus attentif, vide et silencieux, au moment de lire au travers des méandres de l’instant présent ; car même s’il ne s’agit pas de divination (on n’insistera jamais trop sur ce point), le Yi King nous met en contact avec les forces invisibles qui sous-tendent le monde, flux énergétiques vers lesquels on ne peut tenter une ouverture qu’en étant impeccablement conscient de sa demande et de ses motivations. Encore faut-il avoir beaucoup cherché – encore faut-il chercher toujours -, mu par le désir ardent, sinon de saisir cet insaisissable Tao, du moins de comprendre le sens véritable de ce Yin Yang que le Yi King décrit dans un langage a priori hermétique, pour pouvoir faire quelque chose de ses messages.

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